Et il me sembla que des figures grimaçantes m’entouraient et hurlaient parmi des éclats de rire forcenés : — Il se tuera ! Il se tuera !…

Je me dressai, en sursaut, sur mon lit. Je tremblais ; je suffoquais ; une sueur froide me ruisselait du front et par tout le corps.

— Oh ! oui, criai-je, c’est assez souffrir. Je veux me tuer…

Aussitôt, comme dans un éclair, il me vint à l’idée qu’un de mes amis de Fontainebleau possédait un revolver dont il m’avait montré, quelque temps auparavant, le mécanisme. Je vis, avec une netteté formidable, l’armoire où il l’avait rangé, la planche même sur laquelle il l’avait posé.

— Demain, me dis-je, j’irai chez lui ; je lui déroberai cette arme et je me ferai sauter la cervelle dans quelque coin de la forêt.

Comme je proférais ces mots, je levai les yeux au plafond et j’avisai un crochet fixé là pour y suspendre une lampe. De lampe il n’y en avait point ; le crochet semblait attendre.

A quoi bon attendre jusqu’à demain, repris-je. Il vaudrait mieux me pendre tout de suite… Si seulement j’avais une corde… Immédiatement la voix de damnation me souffla à l’oreille : — Il y en a une, toute neuve, dans le bas du placard, à côté de la cheminée.

Je sautai à bas de mon lit pour courir au placard. — Mais alors, je me sentis comme dédoublé. Une moitié de mon être voulait le suicide sans retard, sans réflexion. L’autre résistait, appelait mentalement au secours, et durant cette lutte, il me semblait que roulait autour de moi un orage de blasphèmes et d’ignobles jurons.

Je m’aperçus alors que je me tenais, d’une main, cramponné à l’un des barreaux de mon lit, tandis que de l’autre j’essuyais la sueur horrible et les larmes qui m’inondaient le visage.

— Allons, un peu de courage, dit le Démon, en un rien de temps ce sera fait.