Je lâchai le barreau ; je marchai vers le placard…

Je tenais la clef qui l’ouvrait quand, soudain, une lumière éblouissante se fit dans mon âme enténébrée. Je m’arrêtai net. Et alors j’entendis, oui, j’entendis — je l’affirme sur mon salut éternel — la voix céleste et bien connue qui me criait : — Dieu ! Dieu est là !

Foudroyé par la Grâce, je tombai à genoux ; — Merci, mon Dieu, murmurai-je, tout sanglotant, vous êtes revenu.

Et à la même minute, je crus voir, au-dedans de moi-même, l’image de Notre-Seigneur Jésus-Christ en croix qui me souriait avec une expression de miséricorde ineffable.

Une grande paix entra dans mon âme ; j’eus la sensation profonde que toutes les forces mauvaises qui m’avaient assailli battaient en retraite. Et plus elles reculaient, plus je me sentais baigné de clarté.

Je restais là, ravi, stupéfait, débordant de reconnaissance, ne cessant de répéter : — Merci, mon Dieu, vous m’avez sauvé !… Puis je pensai à cette montée récente au sommet de Cornebiche où j’avais imploré la Sainte-Vierge ; et j’eus l’intuition que c’était Elle qui m’avait secouru dans le péril extrême auquel je venais d’échapper et je résolus d’aller la remercier dès qu’il ferait clair.

Cette douce lumière qui m’avait illuminé, maintes fois, dans la forêt m’inondait de toutes parts. Je me rappelai le jour où je rencontrai le vieux prêtre qui m’avait béni. Ce souvenir me fit tant de bien que je demeurai, jusqu’au matin, à genoux sur le carreau, le front posé sur le pied de mon lit. Et je ne cessais de redire : — Merci Seigneur, merci Sainte Vierge, vous avez daigné me tirer de l’ombre irrémédiable au moment où la Mort m’avait déjà pris dans la courbure de sa faux…

La nuit passa sans que j’eusse la notion du temps qui s’écoulait. L’aube glissa des lueurs d’or rose aux interstices des volets. Aussitôt je fus dehors et je me dirigeai, à pas pressés, vers l’oratoire de Notre-Dame de Grâce. Je gravis la colline, d’une haleine, sans même m’apercevoir des obstacles qui barrent le sentier.

Arrivé au sommet, je me prosternai, le front sur le sable, devant la Sainte-Vierge. J’étais si hors de moi que je ne pus d’abord que pleurer. Mais quelles douces larmes : c’était comme un torrent purificateur qui emportait toutes les souillures de mon âme.

Enfin il me fut possible de parler et je dis à l’Auguste Mère : — Achevez votre œuvre. Je ne résiste plus, je suis tout à vous et je suis sûr que vous m’indiquerez ce qu’il me reste à faire pour rentrer dans l’Eglise.