Je restai longtemps agenouillé sur le seuil de l’oratoire. Je sentais s’élever en moi des élans de gratitude et d’adoration. Cela ne s’exprimait pas verbalement. J’étais là, les mains jointes, les yeux au ciel et c’était comme si toute mon âme était attirée en haut pour se fondre toujours davantage dans la lumière de la Grâce.

Comme je redescendais la colline, j’eus soudain l’idée que le plus simple était d’aller trouver François Coppée et de lui demander qu’il me mît en relations avec un prêtre qui sût m’entendre. Rentré à l’auberge, je lui écrivis pour solliciter un rendez-vous d’urgence.

Coppée me répondit par retour du courrier : il me mandait de venir chez lui le surlendemain à deux heures de l’après-midi.

Jusqu’à mon départ, je fus dans un état d’allégresse paisible que nulle attaque diabolique ne troubla. Cette voix sinistre qui m’avait traqué si farouchement faisait tout à fait silence. Enfin, détail qu’il faut mentionner, parce qu’il est l’expression de la vérité, je ne souffrais plus du cœur ; je ne ressentais ni lancinements ni étouffements. Et depuis, je n’en ai plus jamais souffert.

L’heure sonna de prendre le train pour Paris. Je partis — j’étais sauvé… Gloire à Dieu, gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit. Gloire à toi, ma belle Etoile du Matin !…

TROISIÈME PARTIE

Cum invocarem, exaudivit me Deus justitiæ meæ ; in tribulatione dilatasti mihi.

PSAUME 4.

Gloria tibi, Stella matutina mea.

XI

La première chose que je fis en arrivant à Paris, ce fut de me rendre à Saint-Germain-des-Prés pour y prier[11]. Cette appréhension étrange qui m’avait empêché si longtemps d’entrer dans les églises avait tout à fait disparu. Je franchis délibérément le seuil et j’allai m’agenouiller devant l’autel de la Sainte Vierge.

[11] Je ne choisis pas cette église plutôt qu’une autre. Elle se trouvait sur mon chemin : j’y pénétrai.