— Bonne Mère, lui dis-je, c’est vous qui m’avez amené jusqu’ici. Faites maintenant que je trouve le prêtre qui me réconciliera avec Dieu. Vous voyez mon âme : encore toute chancelante sous le poids de ses fautes, elle demande à se libérer. Je vous supplie donc de m’ouvrir la porte du sanctuaire où j’aurai part à l’amour infini.

Cette prière me fit grand bien. Je gagnai la maison de Coppée où je fus reçu tout de suite. Le poète se récria d’abord sur ma mauvaise mine. Il y avait de quoi car, comme on le pense bien, la crise que je venais de traverser ne me donnait pas précisément l’air florissant. Je le rassurai ; puis, après lui avoir peint l’état de mon âme, je lui demandai de m’indiquer un prêtre qui consentît à m’instruire et à me guider.

— Car vous comprenez, ajoutai-je, que je ne puis plus marcher tout seul. J’ai besoin d’un appui et je suis venu à vous avec la conviction que vous sauriez me le fournir.

Coppée, fort heureux de la bonne nouvelle, me dit : — Je vais vous adresser à l’Abbé M. vicaire de Saint-Sulpice. C’est un saint et savant homme de qui vous recevrez, j’en suis sûr, l’aide nécessaire.

Il écrivit une lettre pressante et me la remit en me disant : — Vous n’aurez qu’à la porter au presbytère ; l’abbé M… s’y trouve toujours le soir, à partir de cinq heures et demie.

Je le remerciai et je le quittai non sans qu’il m’eût prodigué les plus chauds encouragements.

Une fois dans la rue, je me demandai ce que j’allais faire pendant les trois heures qu’il me restait à user. Il me sembla que le mieux serait de retourner à l’église.

Je revins donc à Saint-Germain-des-Prés. Je m’assis auprès du grand autel et, la tête dans les mains, je me pris à réfléchir sur la façon dont je m’expliquerais auprès de l’abbé M… Mais alors, en pensant à tout ce qu’il faudrait lui avouer, je sentis une grande honte m’envahir.

Jamais, me dis-je, je n’oserai lui confier ces choses ; ou si je m’y résous, il est fort probable qu’il se récusera, n’ayant pas de temps à perdre avec le sale pécheur que je suis…

Cet accès de scrupule me tortura d’autant plus qu’il allait sans cesse en augmentant et que je ne savais comment lui tenir tête. Je ne pus rester dans l’église ; je sortis et me mis à errer au hasard sur la rive gauche. J’écoutais, tout crispé, une voix captieuse chuchoter en moi : — Sauve-toi, va te cacher n’importe où puisque tu te rends compte de ton indignité, puisque tu saisis que le salut n’est point pour toi…