La simplicité de son accueil m’avait mis tout à fait en confiance de sorte que je n’éprouvai aucune difficulté à lui retracer ma vie intellectuelle depuis le jour où les brouillards du socialisme et de la science s’étaient dissipés en moi et où la Grâce m’avait pris par grands coups de lumière. Il est inutile de recommencer ce récit puisque j’en ai donné le détail dans les chapitres précédents.

Enfin j’arrivai à l’époque où démuni de toute croyance ferme, ballotté entre mon désir de vivre selon la foi et mes aberrations anciennes, j’étais tombé dans une mélancolie profonde.

— Et alors, interrompit l’abbé, naturellement, vous avez pensé à vous suicider ?

— Mais oui, répondis-je, assez surpris qu’il eût deviné cette conclusion de mes égarements.

— C’est bien cela, reprit l’abbé, continuez…

Je lui décrivis les affres subies durant les dernières semaines qui venaient de s’écouler. Tandis que je parlais, le souvenir de ces heures effroyables me revenait si vivement que je dus m’arrêter pour me reprendre un peu.

— Oui, me dit alors l’abbé M… c’est affreux n’est-ce pas ? Cela peut vous donner une idée — et encore affaiblie — de ce qui se passe en enfer. Mais remettez-vous et terminez.

Je lui racontai la nuit terrible où j’avais failli succomber aux incitations du désespoir. Puis, tout anxieux, je lui demandai : — Maintenant, monsieur l’abbé, croyez-vous que je puisse être sauvé ?

Un bon sourire lui éclaira le visage. Il se leva et me frappant sur l’épaule : — Mais, mon cher ami, me dit-il, la chose est aux trois quarts faite. Vous vous repentez ; vous avez pleuré des larmes de sang sur vos fautes. Soyez sûr que vous avez été entendu Là-Haut. Moi, je n’ai plus qu’à vous instruire des vérités essentielles de notre sainte religion. Puis, d’ici quelques jours, vous ferez votre confession générale et vous communierez. Et vous verrez que tout ira bien.

Je m’ébahis car je m’étais ancré cette idée dans la tête qu’il faudrait de longs mois avant que je fusse jugé digne des sacrements.