Comme je lui confiais mon scrupule à cet égard, l’abbé M… se mit à rire franchement : — Quel enfant vous faites, me dit-il, croyez-vous que je vais vous laisser comme cela en pénitence dans un coin ?
Puis reprenant son sérieux : — L’Eglise ne demeure pas fermée à qui, comme vous, fait appel à sa charité. Il est vrai, vous avez beaucoup péché, mais vous avez beaucoup souffert. Il est nécessaire qu’on vous vienne en aide. Dites-vous bien que Dieu vous a traité comme ceux qu’il aime. Remerciez-le, remerciez la Sainte Vierge qui, certes, intercéda pour vous. Et ayez confiance puisque je vous affirme que vous possédez la vraie contrition.
— Ah ! m’écriai-je, les larmes aux yeux, grâce à vous, mon bon Père, je vais enfin récupérer cette paix intérieure que je croyais avoir perdue à jamais.
— Non, rectifia l’abbé, pas grâce à moi, grâce à Dieu dont je ne suis que le très humble instrument.
Il me dit ensuite de me procurer mon acte de baptême et de le lui apporter le lendemain. Puis il me remit un catéchisme où il me marqua au crayon ce que je devais d’abord apprendre, à savoir : les actes de foi, d’espérance et de charité, l’oraison dominicale, la salutation angélique et le symbole des Apôtres.
— Outre ces prières, ajouta-t-il, laissez-vous aller à ces élans d’adoration dont vous m’avez parlé. Ces effusions viennent du Saint Esprit et il ne faut pas craindre de les multiplier… Maintenant, savez-vous faire le signe de la croix ?
— Hélas non, répondis-je.
— Je vais vous l’apprendre car il constitue, en abrégé, la profession de foi de l’Eglise catholique. Allons, faites comme moi : la main droite au front, puis à la poitrine, ensuite à l’épaule gauche et enfin à l’épaule droite en disant : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
J’imitai l’abbé en répétant ces paroles. Mais je me trompai : je mettais la main droite au front puis j’allais à l’une ou l’autre épaule et je m’arrêtais tout confus en m’excusant de ma maladresse. J’étais si ému que je perdais un peu la tête. N’était-il pas touchant, en effet, ce doux vieillard qui, plein de mansuétude, apprenait ainsi, au pauvre pécheur ignorant les pratiques élémentaires de la religion ?
Enfin, ayant réussi à faire comme il faut le signe de la croix, je pris congé sur ces derniers mots de l’abbé M… : — Allez en paix, mon cher fils, couchez-vous de bonne heure car je vois à votre figure que vous êtes épuisé par les insomnies. Priez, avant de vous endormir. Ne perdez pas une minute de vue cette pensée que vous allez être racheté de l’esclavage du péché. Confiance et prière : tout est là. Je vous bénis. A demain, à la même heure.