Je le remerciai et lui promis d’être exact. — Dehors, j’arpentai la rue, tout songeur et tout heureux d’avoir pris le bon parti.

Qui m’aurait dit, pensais-je, que ce serait si facile ? Puis j’admirais la bonté de la Providence qui m’avait conduit, comme par la main, au prêtre qu’il me fallait. Ah ! si l’abbé M… m’avait accueilli par des phrases pompeuses et des tirades ampoulées, il est probable que je me serais cabré. Mais son ton paternel, sa façon de me présenter comme une chose toute simple l’empreinte divine sur mon âme, l’onction enjouée de ses propos avaient agi en moi mieux que n’auraient pu le faire les discours les plus apprêtés.

— Maintenant, conclus-je, en me mettant au lit, je n’ai plus qu’à me laisser conduire… Ouf, quelle délivrance !

J’ouvris mon catéchisme. Que les actes de foi, d’espérance et de charité me touchèrent ! De quelle allégresse je répétais : — Oui, mon Dieu, je crois en vous et en votre sainte Eglise, parce que, j’en ai fait l’expérience, vous ne pouvez ni me tromper ni la tromper. Oui, mon Dieu, j’espère que vous me conserverez votre grâce et que, si j’observe vos commandements, vous me recevrez dans votre gloire. Oui, mon Dieu, je vous aime par-dessus tout, car vous n’avez pas cessé de me prouver votre amour.

Ensuite je dis le Pater et l’Ave en m’attachant à en bien pénétrer le sens et à m’appliquer l’adorable miséricorde qui pénètre ces versets. Enfin je méditai le Credo. Puis je m’écriai : — O Mère de mon Dieu, je me remets tout entier entre vos mains et je vous donne mon âme. Daignez la présenter à votre Fils…

Alors, ayant tracé sur moi le signe de la croix, je m’endormis d’un sommeil paisible, tel que je ne l’avais pas connu depuis bien des jours.

XII

Douceur ineffable de la Grâce, lorsqu’elle rentre, en ondes radieuses, dans l’âme qui croyait l’avoir perdue.

C’est d’abord comme un Angelus qui tinte lentement sur la campagne par une aube un peu brumeuse de la fin d’avril. On sent qu’il va faire beau, car on devine le ciel bleu par-dessus les vapeurs diaphanes qui flottent sur les pommiers chargés de délicates floraisons. La cloche épand ses notes assourdies à travers les volutes neigeuses du brouillard que nuancent des clartés roses. Tout est calme, recueillement, attente émue de la pleine lumière.

Puis la Grâce se fait plus éclatante. L’Angelus s’est tu : la nature prie. Et c’est alors le lever du soleil qui monte rapidement de l’horizon et couvre de sa gloire les jeunes verdures. Il aspire la brume, il chasse les fantômes de la nuit qui se traînaient encore dans les coins d’ombre, tandis que de larges souffles chargés du parfum des violettes, font frémir les frondaisons légères des peupliers et des bouleaux. Tout être tressaille à l’unisson ; et l’hymne du printemps s’épanouit dans l’air frais du matin… Ainsi de l’âme pénitente à qui la Grâce prodigue ses mystérieuses splendeurs.