J’avais pris avec moi une Concordance des Evangiles que l’abbé M… m’avait donnée et mon catéchisme. Tantôt j’étudiais, dans ce petit livre, les raisons qui expliquent à quel point le sacrement de pénitence constitue un acte d’une portée si divine et si humaine à la fois. Tantôt je recensais mes péchés : et alors, si leur nombre et leur gravité m’effrayaient très fort, je me rassurais à la pensée que j’allais bientôt me débarrasser de ces souillures, et qu’ils me seraient remis non pas tant à cause de mes remords que par la charité miraculeuse de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Puis je lisais les chapitres du Saint-Livre qui retracent la Passion, qui peignent le Jardin des Olives, les Juges iniques, les Juifs acharnés, la voie douloureuse, le crucifiement, le partage de la robe, l’éponge imbibée de vinaigre, les outrages de la plèbe, jusqu’au cri qui fit trembler le ciel, la terre et les enfers et qui annonçait que l’univers coupable entrait dans le règne de la Grâce : « Tout est consommé ! »
Surtout, assistant, par la foi, au supplice de l’Agneau, je mettais mes bras autour du gibet où le bon Larron fut garrotté. Et je m’écriais avec lui : « Seigneur, souvenez-vous de moi dans votre Royaume… »
Puis, faisant un juste retour sur moi-même, j’ajoutais : — Mon bon Sauveur, je sais que vous avez voulu toutes ces ignominies et toutes ces tortures pour me racheter de la servitude du péché. Qu’est-ce le peu que j’endurai au regard des souffrances que Vous, la plus innocente des victimes, vous avez acceptées par amour pour moi ? Comment pourrais-je reconnaître ce sacrifice ? Mais j’ai confiance en Vous et je Vous aime. Ayez pitié de moi, Seigneur Jésus ; médecin des âmes, guérissez-moi de la lèpre qui ronge, depuis si longtemps, mon esprit et mes sens. N’oubliez pas que Votre Mère auguste a daigné intercéder pour le pauvre caillou brisé que je suis…
Me disant ces choses et bien d’autres analogues, je me sentais pénétré d’une contrition toute salutaire. C’était un mélange de honte à cause de mes fautes et de regret poignant parce que j’avais contribué, pendant tant d’années, à remettre en croix l’Agneau rédempteur. — Et cependant l’espoir de ma purification prochaine lénifiait l’amertume de mon repentir.
L’après-midi passa de la sorte. Quand vint l’heure d’aller au presbytère, je me trouvai fortifié d’une décision souveraine. Ce fut sans nulle hésitation que je marchai vers la confession.
Dès que je fus entré dans la cellule de l’abbé M…, ce bon père s’informa d’abord de mes dispositions. Je lui dis que je n’éprouvais que cet unique désir : me libérer du péché.
Il me fit agenouiller sur un prie-Dieu, devant un crucifix. Puis, après les prières sacramentelles, je récitai le confiteor et je commençai l’étalage de mes fautes…
Et alors, comment exprimer cela — les mots ont peur comme des poules, disait Verlaine — à mesure que j’avouais mes fautes, il me semblait que Notre-Seigneur, lui-même, était là. Il me semblait que, d’une main caressante et impérieuse à la fois, il cueillait mes péchés dans mon âme et les éparpillait en poussière devant ses pieds adorables. En même temps, je sentais ma pauvre âme, toute ployée sous le faix du mal, se redresser peu à peu, reprendre enfin sa rectitude, puis s’épanouir en des flots d’amour et de reconnaissance…
Quand j’eus fini, quand l’abbé M… eut prononcé, sur ma tête inclinée, la sublime formule de l’absolution, je me relevai. Il m’ouvrit les bras et je m’y précipitai tout en pleurs.