Rien, rien, rien, ne m’éclairait. Tout était taciturne. Et les noirs halliers répandaient dans mon âme leur vaste obscurité.
Bah ! finis-je par m’écrier, j’ai la tête fatiguée. Je suis las d’avoir discouru pendant deux heures. Demain mon cerveau se raffermira… Rentrons nous coucher.
J’allai donc me mettre au lit. Mais mon scrupule ne me lâchait pas. Je me tournais et me retournais, ressassant des arguments qui sitôt formulés s’effritaient. De la nuit, je ne pus fermer l’œil. Par instants, cette idée me traversait le cerveau comme une flèche : si, pourtant, Dieu existait ? Mais tout de suite, j’entendais s’élever en moi un énorme ricanement. — Néanmoins, l’idée revenait. De sorte que quand je m’assoupis, à l’aube, ce fut en me répétant : oui, pourtant, si Dieu existait ?…
Plus de trois ans ont passé depuis cette soirée où je fus mis en déroute. — Aujourd’hui que la Lumière ineffable daigne m’éclairer, je crois que le Bon Dieu choisit cette occasion de ma conférence pour commencer à m’investir.
Grâces lui en soient rendues à jamais !
II
Malgré ce premier éveil de ma conscience, j’étais beaucoup trop enfoncé dans l’abîme d’orgueil et de sensualité où j’avais roulé depuis si longtemps pour que mon âme restât élevée vers le Bon Dieu. Je devais subir encore bien des traverses, regimber, souventes fois, contre les appels de la Grâce, me souiller de la fange des passions jusqu’à l’écœurement, avant de trouver le chemin définitif par où je me hissai vers l’éternelle Beauté.
J’allais entrer dans une période de fluctuations extrêmes. J’allais courir de doctrine en doctrine, cherchant partout une foi qui calmerait l’inquiétude de mon cœur ; et naturellement je ne la trouvais pas.
Je fus alors pareil à ces agités dont parle si admirablement la sœur Catherine Emmerich : « Jésus vit des hommes, tantôt séparés de la vraie vigne et couchés parmi les raisins sauvages, tantôt, comme des troupeaux égarés, livrés en proie aux loups et refusant d’entrer dans le bercail du Bon Pasteur… Ils bâtissaient sur le sable des huttes qu’ils défaisaient et refaisaient sans cesse, mais où il n’y avait ni autel ni sacrifices. Ils avaient des girouettes sur leurs toits et leurs doctrines changeaient avec le vent. Souvent ils détruisaient leurs cabanes et en lançaient les débris contre la pierre angulaire de l’Eglise qui restait inébranlable. Ils erraient, les yeux fermés, autour du jardin de l’Eglise. Ils ne voulaient pas entrer dans ce jardin, car ils craignaient les épines de la haie…[1] »
[1] La douloureuse Passion de N.-S. Jésus-Christ, p. 115.