C’est alors qu’intervint la volonté. Le poète Lucrèce la définit, avec une superbe vigueur, une puissance arrachée aux destins, fatis avulsa potestas. Or, le destin que m’eût assigné mon passé, si Dieu n’était intervenu, ç’aurait été de continuer à poursuivre, jusqu’à la fin de mes jours terrestres, les illusions qu’une conception athée de l’existence faisait miroiter devant moi. Mais je ne le pouvais plus. La Vérité unique s’imposait à mon âme si impérieusement qu’il me fallait vouloir vivre pour Elle.
Je voulus — mais il y eut, en effet, arrachement, car ce divorce avec mes habitudes et mes mœurs anciennes n’alla point sans de vives souffrances. Ce furent ces combats et ces rechutes momentanées dans le mal que j’ai décrits tout le long de Du diable à Dieu. Notre nature déchue est si foncièrement encline au péché que, même étreinte par la Grâce, elle tendrait toujours à retourner au Démon si la volonté, vivifiée d’En-Haut, ne lui barrait la route. C’est ce que saint Thomas d’Aquin a lucidement indiqué lorsqu’il posa cet axiome : l’amour de Dieu est dans la volonté.
La volonté se fortifie en s’unissant à l’oraison. Et cette alliance engendre ce recours constant à Dieu, — source et principe de toutes les énergies rédemptrices — qu’on appelle la foi et qui est, en somme, de la volonté arrivée, surnaturellement, à sa plus grande concentration.
Dès que j’eus senti la foi garder toutes les avenues de mon âme, je saisis la nécessité des sacrements pour la maintenir solide contre les attaques du Mauvais. J’allai au prêtre en m’écriant : Cor contritum et humiliatum Deus non despicies !…
En résumé : pour opérer ma conversion, Dieu me prit d’abord par le sentiment irrésistible de sa présence, puis par la contemplation de sa parfaite beauté. Ensuite il me fit imaginer les attraits et les bienfaits de la vertu. Par là, il suscita en moi le besoin irrésistible de me purifier par la pénitence et la réforme de mon âme afin que je méritasse désormais sa miséricorde adorable. Quand je me fus confessé, pour mûrir les fruits de mon rachat, il me reçut à la Sainte Table. L’Eucharistie m’illumina de clartés nouvelles. Mon intelligence fut conquise à son tour. J’étudiai ; j’assurai les fondements de ma certitude. Et ainsi je sus que les affirmations des sophistes qui déclarent la foi incompatible avec la raison ne sont que du vent et que croire en Dieu est une chose infiniment raisonnable.
Assez parlé de moi. Les pages ci-après contiennent le sujet principal de mon livre. Puissent-elles accroître chez quelques-uns le désir de rester fidèles à Notre-Seigneur dans la solitude où l’abandonne une société qui se détourne de Lui toujours davantage. — Par moi-même, je ne vaux rien, je ne puis rien ; je ne suis qu’une lanterne fumeuse. Mais peut-être que, sanctifiant ce lumignon, le Soleil incréé daignera l’alimenter d’une parcelle de sa splendeur pour sa gloire — et non pour la mienne.
REFLETS DES ÉVANGILES
Il s’agit ici de ce qui vit toujours, de ce qui nous est éternellement contemporain dans la plus lointaine histoire.
Louis Bertrand : Sanguis martyrum.
LE BON SAMARITAIN
Un homme descendait de Jérusalem vers Jéricho et il tomba entre les mains des voleurs qui le dépouillèrent, et, après l’avoir couvert de plaies, ils s’en allèrent le laissant à demi-mort. Or il arriva qu’un prêtre descendait par le même chemin et, l’ayant vu, il passa outre. Pareillement, un lévite, étant venu là, le vit et passa outre. Mais un Samaritain, qui était en voyage, vint près de lui, et, le voyant, fut touché de compassion. Il s’approcha, banda ses plaies, y versa de l’huile et du vin. Puis il le plaça sur sa monture, le transporta dans une hôtellerie où il prit soin de lui. (Saint-Luc, X.)