Judet me reçut du haut de l’Olympe. Tandis que je lui exposais brièvement — et sans déférence excessive, on peut le croire — l’objet de ma visite, il se tenait adossé à la cheminée, écartant ses jambes interminables « pantalonnées de drap militaire », reniflant, toutes les trente secondes, d’une narine autoritaire. Il semblait vouloir me donner à entendre que j’étais quelque chose comme un insecte en présence du Maître des dieux.
Dès que j’eus terminé, il secoua négativement la tête.
— Non, bredouilla-t-il, à l’Éclair nous ne faisons pas de cléricalisme. Je n’insérerai pas cette notice.
— Mais, repris-je, il ne s’agit pas de cléricalisme, il s’agit des pauvres. Est-ce que le fait qu’un prêtre administre cette œuvre constitue à vos yeux un vice rédhibitoire ?
Ici Judet haussa le ton. Ce fut presque avec colère qu’il me répondit :
— Je n’aime pas les prêtres… Inutile d’insister…
— Oh ! dis-je, vous n’aimez peut-être pas leur personne, mais j’ai idée que cette aversion ne s’étend pas jusqu’à leur bourse, car, si je suis bien informé, c’est des subsides des catholiques que vit, en grande partie, votre journal et…
Au comble de l’irritation, il m’interrompit :
— Môssieur, cela ne vous regarde pas…
— C’est juste…