L’homme, cependant, restait révolutionnaire au tréfonds, mais, relève Nietzsche, « contenu par la crainte ». Ce Germain latinisé a raison de signaler, en outre, que « ses instincts inférieurs sont plébéiens, qu’il erre çà et là, raffiné, curieux, aux écoutes » et qu’en somme, c’est un être de complexion presque féminine.

Cela est vrai, répond Maurras, « mais à cette sensibilité anarchique s’alliait l’esprit le plus sain et le plus organique. C’était un esprit, c’était une raison… La révolution est toujours un soulèvement de l’humeur. Toutes les fois qu’intervint son intelligence, Sainte-Beuve étouffa ce soulèvement : si bien que c’est peut-être dans la suite de ses études que se rencontreraient les premiers indices de la résistance aux idées de 1789. »

Maurras, en conclusion, tire de ses observations sur Sainte-Beuve une théorie de l’empirisme organisateur qui appelle, à mon avis, autant d’objections que d’approbations partielles. Mais ce n’est point le lieu de développer les unes ni les autres.

Disons simplement, et en résumé, que, dans ses Trois idées politiques, Maurras a lucidement démontré que Chateaubriand fut un anarchiste par orgueil, Michelet un anarchiste par détraquement nerveux, Sainte-Beuve, un être mi-parti dont l’anarchisme foncier fut contrebalancé par une raison classique. Les deux premiers sont à écarter d’un plan de reconstruction sociale. Chez le troisième, on découvre quelques matériaux utilisables.


Un des plus grands services que Maurras ait rendu à notre pays, c’est l’institution de cette Enquête sur la Monarchie (1900-1909), dont je vais maintenant dire quelques mots.

Présenter, sous son vrai jour, la Monarchie légitime, niveler la montagne de préjugés et d’ignorances qui en séparaient, depuis plus d’un siècle, nombre d’esprits plus ou moins formés à l’école de la Révolution, c’était une besogne ardue. Maurras n’hésita pas à l’entreprendre. Et, tant par la qualité des témoignages qu’il réunit que par les commentaires vivants, pressants, dont il les accompagna, il produisit un effet de lumière dont il faut lui savoir un gré extrême.

Ce n’est point ici un de ces recueils où s’entassent les investigations réunies, avec négligence, par un journaliste hâtif. Cette enquête, une en sa conception, réfléchie et mûrie à loisir, intéresse autant que le ferait une œuvre d’imagination bien ordonnée.

Sans l’analyser dans le détail, — ce qui demanderait un volume — j’en veux extraire quelques-uns des arguments les plus décisifs ; je les choisirai aussi bien chez les correspondants de Maurras que chez lui-même. Et, de préférence, je citerai ceux qui impliquent de la façon la plus décisive la critique du régime actuel.

Parlant de la centralisation excessive, œuvre des Jacobins, aggravée par Napoléon et qui étouffa la vie des provinces au bénéfice de la capitale, si bien que Taine a pu comparer le système actuel à un hydrocéphale dont la tête énorme pèse sur un corps atrophié, le comte de Lur-Saluces dit :