Après avoir souligné qu’en République « les honnêtes et les intelligents sont paralysés par les institutions », Amouretti continue :

« Mais beaucoup d’entre nos gouvernants actuels sont d’une médiocrité trop basse ; cela est dû à l’introduction continue et croissante, pendant un siècle, des procédés démocratiques pour le choix des politiciens et des administrateurs. De l’Empire à la Restauration, puis au gouvernement de Juillet, puis au second Empire, puis à notre République, la dégression constante est marquée. Cela tient uniquement au mode de recrutement des autorités chargées de conduire la Nation.

« Il faut donc changer ce mode et se dire que le système qui consiste à procéder brusquement par une élection ou un concours à une sélection purement individuelle des capacités est absolument insuffisante et qu’il faut y substituer une sélection familiale et héréditaire. Des individus puissants, sortis de souches paysannes ou ouvrières, sont trop souvent arrêtés dans leur expansion par des politiciens bavards ou des lauréats de concours. Pour qu’un homme mérite de passer dans une classe supérieure, il faut qu’il soit de taille à y entraîner, avec lui, toute sa famille. S’il monte seul, c’est une bulle gonflée. Je ne redoute rien pour le bien de l’État, de ces ascensions familiales ; elles sont utiles, elles sont nécessaires ; elles donnent du lest et de la stabilité… C’est sur un de ces hommes, dont je parlais plus haut (ceux sortis de souches paysannes ou ouvrières) qu’il faut compter pour rétablir en France cette Monarchie très forte, mais tempérée, qui a fait la force de notre pays. Depuis que la France l’a perdue, malgré des accès passagers de relèvement et de gloire, elle est tombée en décadence. C’est ce que commencent à comprendre ces jeunes gens de haute intelligence qui s’aperçoivent enfin qu’on les a trompés, qu’on leur a présenté des mots vides de sens et non des principes solides, sous le nom pompeux de Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Je me rappellerai toujours l’expressive mimique de M. Paul Bourget à la première maxime de cette déclaration : « Les hommes naissent libres. » A l’âge d’une minute ils sont libres ; c’est à cette conclusion absurde qu’on arrive !

« Pendant tout ce siècle, des hommes qui vont de Joseph de Maistre à Taine, en passant par Le Play et Fustel de Coulanges ont maintenu les droits de l’autorité associés à ceux de la tradition historique. Leurs doctrines puissantes et précises ont lentement et profondément pénétré dans l’âme et le cœur des jeunes générations intelligentes. Parvenus au sang généreux, jeunes lettrés affinés et fermes, ce sont eux qui reconstitueront la monarchie tempérée, historique en l’adaptant aux conditions nouvelles…

« Seule, en effet, la monarchie tempérée peut donner à la France la sécurité par l’armée, la réputation par la diplomatie, la prospérité par la paix économique et la reprise de la conscience nationale par la mise en valeur de toutes les énergies locales. »

Pour terminer, Amouretti, en un raccourci émouvant, expose les conditions dans lesquelles se pose le problème de la Renaissance française :

« Je dis à la nation :

« Citoyens, on nous a raconté que nos rois étaient des monstres. Il y eut parmi eux, il est vrai, des hommes faibles, peu intelligents, plusieurs médiocres, et peut-être deux ou trois méchants. Il y en a peu qui fussent des hommes remarquables. La plupart furent des hommes d’intelligence moyenne et consciencieux. Regardez leur œuvre : c’est la France.

« Et je dis au Roi :

« Roi, mon maître, parmi la série de vos ancêtres, ne regardez ni Saint-Louis, ni Henri IV, ni Louis XIV. Regardez le bon roi Louis VI. Il abattit les barons brigands, il transforma les bons barons en prévôts qui protégeaient sérieusement le petit peuple de France, paysans et artisans, et il donna aux bourgeois des libertés sérieuses et étendues mais précises et réglées. Ce fut la besogne indispensable ; elle rendit possible les gloires séculaires. »