«  — J’irai d’abord chez celui-ci ; mais s’il tardait trop à se rendre à mon appel, je m’adresserais à tout autre. »

Des Rieux ajoutait : « Voilà, mon cher ami, la conclusion de ce nationaliste. Il admet maintenant, avec nous, qu’une République, dans la hiérarchie des gouvernements, est au même degré que l’embranchement des protozoaires dans la série animale. Il reconnaît qu’il faut à la France une volonté souveraine et héréditaire, c’est-à-dire une Monarchie. Mais il s’intéresse aux bienfaits de ce régime plutôt qu’à la personne de qui il les tiendrait. »

Maurras répondit que le bien de la France exigeait une décentralisation et qu’un dictateur républicain ne pouvait la réaliser ; aucun pouvoir issu de la République n’en était capable, « car, émané de l’élection, il a besoin de tous les moyens de la centralisation pour se conserver, autrement dit pour se faire réélire. »

Quant à l’Empire, « à la rigueur un Bonaparte pourrait vouloir ce que veut le duc d’Orléans… Mais comme il y a une tradition royaliste s’imposant et gouvernant toutes volontés, il y a une tradition impérialiste. Elle est directement opposée à notre tradition décentralisatrice : tous les bonapartistes sérieux en tombent d’accord… Elle exprime une série d’actes d’autorité et de coups d’État destinés à réagir contre les effets mais nullement contre les causes de l’anarchie. Ces causes, l’Empire les maintient et les flatte. Il s’en prévaut et en tire une force précaire. »

Pour le duc d’Orléans, « par le tour de ses lettres et la direction de toute sa politique, il s’annonce aussi peu parlementaire qu’Henri IV. De même que son père, il voit dans le parlementarisme un régime où les questions de personnes viennent entraver les meilleures mesures, paralyser la politique la plus utile au pays et sacrifier l’intérêt général à des considérations particulières ».

Maurras donnait ensuite cet avertissement : « A force de se déclarer indifférent (sur la forme du gouvernement), on finit par se croire tel et le devenir. A force de dire qu’on n’a pas de préférences, on laissera aux ennemis de tout ordre politique comme aux ennemis de tout avenir français le privilège de l’activité et du succès. »

Puis il concluait : « Vous n’avez point le choix des gouvernements bienfaisants et réparateurs. Les circonstances parlent, il n’y en a qu’un seul.

« Puisque vous rêvez d’aller chez le Prince, allez-y donc tout droit. Si vous voulez qu’il vous réponde, commencez par le commencement : Appelez ! »

Vaugeois donnait toutes les raisons possibles contre le maintien de la République ou l’adoption du Césarisme. Mais il craignait que les esprits droits qui s’orientaient vers la Monarchie ne fussent réduits à l’impuissance par la ploutocratie financière et les politiciens d’aventure qui bénéficient du régime démocratique — ceux-ci, du reste, se plaçant fort souvent au service de ceux-là.

Voici l’un des passages les plus caractéristiques de sa lettre :