Je suis en cinquième. J’assiste, de corps et non d’esprit, à la classe d’arithmétique. Comme de coutume, j’ai apporté un devoir où j’ai proprement écrit l’énoncé des problèmes à résoudre, mais sans y joindre le plus minime essai de solution. A quoi bon ? Je savais si bien d’avance que je ne m’en tirerais pas !

Le professeur m’interpelle :

— Ainsi, c’est bien entendu, vous avez décidé de ne rien faire de toute l’année ?

— Je réponds froidement :

— Cela va de soi, puisque je ne comprends goutte à tous vos calculs.

— Je vous marque un zéro.

— Parmi les chiffres, c’est le seul pour qui j’éprouve de l’estime.

— Vous serez en retenue dimanche prochain et vous copierez vingt pages du Cours de mathématiques de…

Ici, ouvrons une parenthèse : je ne me rappelle plus le nom du bourreau qui confectionna cet instrument de torture.

Sur le moment le coup porte. Copier ces choses indigestes, quelle horreur ! D’abord un peu déconfit, je ne tarde pas à reprendre ma sérénité. Je me suis lié avec un externe, cancre irréductible, mais qui, doué pour les affaires, a fondé une entreprise de pensums. C’est-à-dire que, moyennant quelques plumes, des crottes de chocolat ou une toupie, il se charge de rédiger les tâches afflictives qu’on lui apporte. Très bien : j’aurai recours à cet industriel. Et comme il apprécie surtout le métal, je lui verserai, d’un geste large, la somme de deux sous.