Fort bien. J’avoue que j’avais surabondamment mérité cette répression.

Mais le Principal ne s’en tint pas là. Ce passionné de politique crut devoir gratifier les élèves et le pion, atterré, mais rancuneux, d’une harangue des plus intempestives. Il fit l’apologie du gouvernement, exalta le 16 Mai, dénigra la République et conclut en prescrivant à ses auditeurs de fermer l’oreille aux propos empoisonnés des « Catilinas de bas étage » qui sapaient l’ordre moral.

Ah ! ce fut un beau discours de réunion publique et, chose si rare, le Principal s’exprimait en bon français. Cependant, ces belles tirades ne convenaient guère à des collégiens. Et, d’autre part, il y avait imprudence à s’épancher ainsi.

On le lui fit bien voir. Les élections produisirent un renforcement de la majorité républicaine à la Chambre. Puis le Sénat aussi fut entamé gravement. L’avocasserie démagogique triomphait. Elle brima de telle façon le Maréchal que celui-ci donna sa démission. Il fut remplacé par Grévy, vieux résidu de basoche, aggravé de son gendre Daniel Wilson, qui vendait la Légion d’honneur au plus offrant.

L’infortuné Colombe, que dénonça, sans doute, le pion renvoyé, fut passé au creuset par l’autorité nouvelle, ivre de représailles. On découvrit en son cas plus de plomb réactionnaire et clérical que d’or démocratique. Le grief majeur invoqué contre lui fut son discours aux élèves qui, du reste, n’en avaient absolument rien retenu. On le mit à la retraite sans différer d’une minute.

Pour moi, le bénéfice que je tirai de sa déconfiture, ce fut la réapparition de notre journal, prudemment interrompu pendant les derniers mois de son règne. Du coup, j’y mis cette épigraphe empruntée à l’ode III d’Horace : Impavidum ferient ruinae !…

Mais j’éliminai Boquillon.


La religion qui comptait le plus d’adhérents à Montbéliard et dans le pays alentour était alors le protestantisme. La population de la petite ville se partageait entre quatre ou cinq sectes où chacun, selon la coutume en vigueur chez nos frères séparés, prenait de la doctrine ce qui lui semblait s’ajuster à sa tournure d’esprit et laissait le reste.

Mon père aurait désiré que je continue d’être élevé en dehors de toute confession. Mais en une localité où nous avions des parents luthérien zélés, il craignit leur réprobation ; quoique j’eusse été baptisé catholique, sur les instances de ma grand’mère, il décida donc que je suivrais le culte réformé.