Toutefois, la lourde diatribe de M. Hermant doit être considérée comme assez anodine si on la compare à ce que nous avons lu hier sous la signature de pacifistes enragés. Par leur fait, beaucoup se sont accoutumés à entendre traiter les officiers de soudards ignorants, de braillards qui ne rêvent que massacres et pillages, de brutes inhumaines tenant leurs subordonnés pour un bétail bon à mener à la boucherie à coups de plat de sabre.

Aujourd’hui — à peine sortis de cette guerre où l’armée donna tant d’exemples d’héroïsme et d’abnégation — des communistes, opérant dans des feuilles où l’on vénère Lénine et Trotsky, resservent ces infâmes sottises. Il n’est donc pas inutile qu’un vieux soldat dise, après d’autres, l’influence salutaire que l’armée exerça sur lui[7]

[7] Certains rappelleront peut-être que moi-même, vers 1894-95, j’ai bafoué l’armée. C’est exact. Je dirai plus loin comment et pourquoi. Et je ne dissimulerai rien.

Maintenant, pour terminer cette esquisse de mon existence au régiment, je donnerai trois croquis. Ils achèveront, je l’espère, d’en susciter nettement l’impression chez le lecteur.


De 1883 à 1885, Jules Ferry, président du Conseil, persécute l’Église, soutenu par la Chambre où la majorité républicaine partage sa phobie antireligieuse. C’est le temps des décrets chassant les congrégations non autorisées. C’est le temps où la maçonnerie fait rage contre les « ensoutanés » dans les provinces. C’est le temps où, au témoignage de Taine, caractère droit, incapable d’un mensonge, un très haut fonctionnaire s’écrie : « Le socialisme, c’est la gale ; mais le cléricalisme, c’est la peste. J’aime mieux la gale ! »

Cléricalisme lisez catholicisme. Car la prétendue Libre-Pensée, au XIXe siècle, n’a cessé de jouer la comédie du respect pour la religion et de soutenir, avec effronterie, qu’elle n’en poursuit que les abus. Mais ce subterfuge hypocrite ne donne de change qu’à ceux qui ont intérêt à simuler l’aveuglement. Et malheureusement, il dupe aussi les libéraux, alliés inconscients de la Révolution au pouvoir.

Or, la plupart de nos officiers possèdent la foi. Catholiques fervents, ils vont à la messe, s’approchent des Sacrements, sans ostentation mais sans respect humain. Au quartier, ils s’abstiennent de prosélytisme. Seulement, ils ne tolèrent pas qu’on blasphème devant eux. Ils ne punissent pas les coupables puisque les règlements gardent le silence sur ce délit. Toutefois, ils les reprennent de telle sorte qu’aucun d’eux n’ose tenter une récidive.

Cette fidélité à Dieu et à son Église chagrine et courrouce les Vénérables des Loges acharnés à détruire la croyance séculaire des Français. Ils mouchardent avec persévérance, mais ils n’obtiennent pas encore les répressions iniques dont ils rêvent. Patience, le règne des fiches approche…

En l’une des années du ministère Ferry, des expulsions de Religieux et de Religieuses ont lieu à Angers. Le préfet, un sectaire qui porte le nom élégant de Jabouille, acquiert, par son zèle en la circonstance, l’estime de la Maçonnerie et le mépris des honnêtes gens qui n’attendaient qu’une occasion de le lui manifester.