Voyant qu’il n’en est rien, M. de Gastines s’écrie : — Dieu soit béni ! Il n’est pas mort !… Mais qu’est-ce qu’il fait donc ?…
Ce que je fais ? Portant un binocle à cause de ma myopie, je m’occupe à vérifier si les verres n’en sont point cassés.
— Ça, par exemple, continue le lieutenant, c’est un peu fort ! Bougre d’animal, regardez plutôt si vous n’avez pas une patte en capilotade.
Cette bourrade — tout affectueuse — me fait reprendre mes esprits. Je me dresse, je sors du fossé, je me secoue, j’esquisse quelques gestes.
— Je n’ai rien, mon lieutenant, dis-je.
En effet, quoique assez fortement froissé et courbaturé par la chute, je n’ai ni fracture, ni plaies. Et je me trouve même assez dispos pour appeler Idole qui, bien dressée, vient à moi aussitôt, et pour me remettre en selle.
M. de Gastines, tout en me félicitant de ma chance, me gourmanda pour lui avoir désobéi. Il eût été inutile de lui servir l’excuse que j’avais préparée, car il m’avait très bien vu pousser la jument sur la néfaste banquette. D’ailleurs il n’insista pas, content, au fond, d’avoir montré au Russe que son sous-ordre avait du ressort.
Je dus garder le lit pendant vingt-quatre heures. Et ce fut tout ce qui résulta de ma culbute…
Plus tard, causant avec des psychologues professionnels, je leur ai souvent cité ce premier mouvement tout instinctif qui me fit d’abord m’inquiéter de l’état de mon binocle, comme un exemple de réflexe caractéristique.