D’abord le mal.
Un accueil trop complaisant aux influences étrangères. Au détriment de la tradition nationale, on exaltait, sans mesure, Ibsen, Tolstoï, Schopenhauer, Nietzsche. L’apologie de ces Barbares allait souvent jusqu’à l’extravagance. Encore, chez nous, Français, l’engouement pour ces deux derniers s’expliquait jusqu’à un certain point : ils réprouvaient le germanisme et se manifestaient tout pénétrés de culture latine. Mais le Norvégien et le Russe, quels génies fumeux remâchant les thèses les plus éculées du romantisme, quels dissolvants dans une brume corrosive, leurs doctrines !
C’étaient, les dieux de la Revue blanche, périodique inspiré, subventionné, enkahalé par des Juifs polonais qui menaient de front les opérations de Bourse et les menées anarchistes. Diverses tribus hébraïques opéraient en cet endroit : les Bernard Lazare, les Cohen, les Léon Blum, les Ular, sous une trinité de Natanson.
Henri de Bruchard a, naguère, fort bien décrit ce milieu. Il a croqué sur le vif « ces juifs boursiers, assoiffés de boulevard, portant dans les lettres, avec de fausses apparences de mécénat, ce goût malsain de parodier et de parader qui est le propre de leur nation haïssable. Ils traînaient derrière eux toute une équipe de ghetto dont ils infligeaient le style, les images, les dégénérescences à une jeunesse, sans guides, sans appuis, que l’anarchie littéraire attirait en réaction contre les bassesses et les médiocrités de la salonnaille opportuniste ou radicale. Telle était cette officine où les esthètes coudoyaient les usuriers et les lanceurs de bombe où se tutoyaient et s’associaient bookmakers et auteurs dramatiques ».
De Bruchard donne ensuite un aperçu fort véridique du salon des Natanson : « Chaque jour, ils s’attachaient à couvrir d’un mauvais vernis boulevardier la crasse importée du Ghetto de Varsovie. Ne s’avisaient-ils pas de protéger les peintres ! On devine quelle peinture était prônée par ces affolés de modernisme. Ils se lançaient aussi dans leur monde et donnèrent des soirées. Ce fut même assez comique. Évidemment, on ne pouvait avoir d’emblée l’élite parisienne. Aussi se contentait-on de la famille Mirbeau et de Marcel Prévost. Puis, pour faire nombre, quelques gens de lettres naïfs et, obligatoirement, les collaborateurs de la revue…
« Paris s’amusa fort des glorioles que les Natanson affichaient. Dès leur second bal, la Pologne délégua tous ses Juifs, traducteurs de romans étrangers, rédacteurs d’agences de presse allemandes, correspondants des gazettes sémitiques. Puis apparut l’armée des traducteurs. Un vol d’Anglais, d’Américains, de Suédois, de Danois, de Teutons s’abattit sur nos libraires. Dans la presse, c’était l’âpre concurrence des petits juifs, si humbles la veille, la monopolisation du théâtre, le boycottage pour tout ce qui portait un nom français[8]. »
[8] Henri de Bruchard : Petits Mémoires du temps de la Ligue, 1 vol. à la Nouvelle librairie nationale. — Henri de Bruchard aurait pu ajouter que parmi les gloires de la firme Natanson, il y avait Nordau, juif-boche qui venait de traîner dans la boue la littérature française, et Brandès, juif-danois qui, pendant la guerre, exalta le pangermanisme et insulta notre pays.
Voilà qui est fort bien dit. Toutefois, il faut émettre la restriction que nous, symbolistes d’origine française, nous nous cantonnions sur notre chère Rive Gauche et que nous ne nous laissions pas contaminer jusqu’aux moelles par les miasmes d’outre-Rhin et du Ghetto. Pour ma part, je n’ai jamais mis les pieds dans les salons Natanson, et c’est tout au plus si j’ai donné deux fois de la copie à leur revue.
Mais il est vrai que nous faisions beaucoup trop facilement un sort aux produits de l’étranger. Plusieurs métèques abusaient de notre courtoisie pour prendre des airs arrogants vis-à-vis de nous. L’un d’entre eux, venu du Wisconsin ou du Connecticut, en trois bateaux, pour réformer la prosodie française, se distingua par son outrecuidance. Ce n’est pas la peine de le nommer ; ses élucubrations, sans rythme, ni rimes ni raison, n’ont jamais réuni qu’une douzaine de prosélytes obscurs. Et nul ne se souvient de son passage dans nos revues.
Un autre défaut des symbolistes, c’était un individualisme si accusé, si ombrageux qu’il en résultait que chacun suivait sa voie sans adhérer à une doctrine commune. Nous savions ce que nous ne voulions pas ; nous ne savions pas trop ce que nous voulions.