Il faut même admettre que l’Anarchie n’avait point filtré jusqu’aux parties les plus profondes de mon âme, car, à peine fus-je sous les verrous, au lieu de me considérer comme « un martyr de la cause » et de ruminer des représailles contre l’Autorité persécutrice, je ne pensai plus qu’à la littérature.
Il y avait pourtant des jours où je m’ennuyais fort et où la nostalgie de l’air libre me portait aux idées sombres. Alors je m’accoudais à la fenêtre étroite de la chambre poussiéreuse, hantée par les rats, que l’on m’avait désignée et considérais la cime d’un haut platane qui ondulait à la brise dans le jardin du directeur. Je me remémorais les vers délicieux de Verlaine :
Le ciel est par-dessus le toit
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme…
Mais je ne m’appliquais pas le dernier distique du poème :
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
parce que je ne me repentais nullement de mon incartade et que je ne tenais pas ma jeunesse pour gâtée du fait d’avoir manqué de respect aux jupons noirs et rouges qui défendaient le régime panamiste contre les attaques verbales ou écrites de ses adversaires. Plusieurs avaient commis des « délits » analogues au mien et personne ne leur imputait à déshonneur les condamnations qu’ils avaient encourues.