D’autres fois, contemplant un de ses crépuscules pensifs qui teignent de nuances pareilles à celles des roses fanées le ciel occidental de Paris, je me sentais pris d’une vague mélancolie. Pour m’inciter à la patience, je me récitais alors la pièce de Baudelaire dont la strophe initiale semble un chant de violoncelle dans un lointain vaporeux :
Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille,
Tu demandais le soir, il descend, le voici ;
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la joie, aux autres le souci…
Et quand les premières étoiles commençaient à scintiller dans le ciel assombri, j’articulais à voix toute basse le vers chuchoteur et velouté qui termine le poème :
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche…
Ou encore, ayant formé avec ma femme le projet d’une visite à notre bien-aimée forêt de Fontainebleau, dès ma sortie de prison, je me récitais en pensant à elle les vers d’une si caressante musique de l’Invitation au voyage :
Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur