J’ai cessé d’aller chez Clemenceau en 1903.

Nulle brouille entre nous. Mais, à cette époque je commençais la crise d’âme qui se dénoua par mon adhésion à la foi catholique. Tant qu’elle dura, c’est-à-dire pendant trois années, je vécus dans la solitude de la forêt de Fontainebleau. C’est là, je me plais à le rappeler, que la Vérité unique m’apparut.

Ma conversion, relevant exclusivement de l’ordre surnaturel, je n’ai pas à en parler ici.

Je l’ai, du reste, racontée dans Du diable à Dieu. Ce petit livre ayant eu un grand nombre d’éditions et étant traduit en plusieurs langues, je me permets d’y renvoyer le lecteur, en l’avertissant que c’est le procès-verbal rigoureusement exact de mon évolution de l’incroyance à la pratique religieuse.

Il me reste maintenant à narrer par quelles expériences je fus amené à la Monarchie.

C’est ce que je vais tenter de faire dans les pages suivantes.

CHAPITRE IX
LE SILLON

Au printemps de 1907, Du diable à Dieu venait de paraître et, moi, j’occupais une chambre à l’Hôpital Saint-Joseph, situé au fond de Montrouge, après avoir subi une opération douloureuse qui m’obligea de garder le lit pendant une quarantaine de jours.

Comme je fus longtemps très faible, on prohibait les visites. La bonne Sœur Agnès, qui prenait soin de moi, s’opposait donc à l’intrusion des journalistes, curieux d’examiner la figure d’un homme bizarre au point d’être entré dans l’Église en un temps où beaucoup d’autres lui tournaient le dos.