Ensuite je m’aperçus que ce mécanisme vocal n’avait rien à moudre — ce qui s’appelle rien.
Je veux dire que les enfilades de phrases qu’il pulvérisait à la ronde ne contenaient aucune substance. Des redondances ampoulées, des apostrophes d’un lyrisme banal, d’interminables périodes d’un sentimentalisme blafard. Ni une idée pratique, ni un raisonnement enchaîné.
M. Sangnier traitait de politique, science qui, plus que toutes, exige des connaissances précises au service d’une intelligence positive.
Ici, pas même le semblant de ces qualités. On avait la sensation d’être plongé dans un bain d’eau tiède et trouble où ondulaient, avec trop de souplesse, des anguilles suspectes…
A la sortie, la dame agitée ne manqua pas de me demander fébrilement mon opinion.
Je répondis : — Ma foi, je pense de M. Sangnier ce que Danton disait de Robespierre.
— Et qu’en disait-il donc ?
— Excusez-moi, je n’ose répéter le propos. Vous savez, il n’est pas très élégant.
— Cela ne fait rien !… Répétez tout de même.
— Eh bien ! il disait… encore un coup, excusez-moi… il disait : « Ce bougre-là ne serait pas fichu de faire cuire un œuf ! »