Les libéraux sont tellement imbus de leur utopie à savoir la conclusion d’un mariage contre-nature entre l’Église et la Révolution qu’ils acceptent toutes les humiliations et toutes les avanies plutôt que de s’en déprendre.
En vain, des clairvoyants leur signalent d’avance les chausse-trapes dans lesquels ils se laissent choir avec une régularité déplorable, en vain la Sainte Écriture les avertit « qu’un mauvais arbre ne peut pas donner de bons fruits », rien ne saurait leur dessiller les yeux. Non seulement une illusion tenace les persuade que le catholicisme connaîtrait de beaux jours s’il se pliait à toutes les exigences de ses persécuteurs, mais encore ils en viennent à considérer l’opposition au régime, ne fût-elle que théorique, comme un méfait pour la répression duquel ils sont heureux, dirait-on, de voir s’activer les sectaires des Loges.
Et dans quelle humble posture ils avalent les couleuvres et encaissent les quolibets et les rebuffades que ne leur épargnent pas les « purs » républicains férus d’athéisme !
J’entendis naguère un député mi-radical, mi-centre gauche, parfois vermillon, parfois rose pâle selon l’occurrence, formuler cette constatation : « Avec les libéraux, on peut se mettre à l’aise. Gratifiez-les d’un coup de pied dans le derrière, ils vous rendent un coup de chapeau… »
Oh ! ce n’est point par mansuétude chrétienne que les libéraux ont adopté ces façons d’agir, car ils s’en vengent aussitôt sur ceux de leurs coreligionnaires qui blâment leurs abdications de conscience. Il n’est point de procédés perfides dont ils n’usent contre eux.
C’est aussi contre les écrivains qui démontrent, avec pièces irréfutables à l’appui, la stupidité sanguinaire de la Révolution que leur fiel se répand.
Toucher à l’Idole, la bafouer, leur apparaît un si grand sacrilège, qu’ils ne savent qu’inventer pour apaiser son courroux. Alors ils multiplient les désaveux et tournant à la hâte le dos aux catholiques coupables de ce crime, ou se voilant la face d’un geste pudibond, ils s’écrient : « Nous ne connaissons pas cet homme !… » Puis ils le dénoncent aux prêtres du culte dérisoire de Marianne.
Si alors quelque cœur honnête, comme il s’en trouve heureusement beaucoup dans l’Église, leur objecte que le régime issu de la Révolution s’oppose à leur bonne foi, ils lui font signe de se taire en chuchotant : « Ah ! ne me brouillez pas avec la République !… »
C’est bien parce que le vers, mis par Corneille dans la bouche de Prusias, abaissant sa dignité devant Flaminius, résume parfaitement l’attitude des libéraux vis-à-vis des républicains de carrière que je l’ai choisi pour épigraphe à ce chapitre.