Charles se taisait, promenant ses regards autour de lui. La chambre était humble et paisible : quelques meubles de sapin vernis ; sur une planche, des livres de piété. Au mur, un Crucifix ouvrait ses bras miséricordieux. Il s’en détourna aussitôt, s’assit sur une chaise comme écrasé par une fatigue immense et demeura, quelque temps, la tête basse. On eût dit qu’il avait oublié le motif de sa visite.
Abry se garda de multiplier les interrogations.
Il avait l’expérience de ce caractère aussi passionné qu’ombrageux de qui les élans alternaient avec de brusques reprises de mélancolie taciturne. Il fallait attendre que Charles s’expliquât, car trop d’empressement l’aurait offusqué.
Enfin le jeune homme se décida :
— Voici pourquoi je suis venu, dit-il. Tu connais Chériat ; tu sais qu’il se meurt de la poitrine et que, bientôt, tout sera fini pour lui.
— Non, pas tout, interrompit Robert à mi-voix.
— C’est ton opinion, je n’ai pas à la discuter, et, au contraire, je crois qu’en ce moment, tu pourrais lui rendre service.
— Je ne demande pas mieux, répondit Robert que cette requête étonnait, mais je ne saisis pas de quelle façon.
En effet, il se souvenait que, parmi les ennemis de l’Église, le poitrinaire s’était montré l’un des plus violents et que quand tous deux s’étaient rencontrés, il avait mis une insistance fielleuse à bafouer le catholicisme.
Charles exposa brièvement qu’il avait recueilli Chériat, que celui-ci, presque à l’agonie, avait prononcé quelques mots qui permettaient de supposer une préoccupation religieuse. Il cita même les vers de saint Ambroise balbutiés par le moribond. Puis comme s’il avait honte de s’en être ému, il prit soin de spécifier que s’il s’était résolu à consulter Abry, c’était par un sentiment analogue à celui qui l’aurait conduit dans une pharmacie pour y solliciter une potion calmante.