— Naturellement, ajouta-t-il, j’ai eu beau réfléchir, je n’ai découvert que toi qui puisses lui procurer l’illusion dogmatique dont il semble éprouver le besoin.

En prononçant cette dernière phrase, il n’avait pas l’intention de froisser son ami : il obéissait, en toute franchise, aux préjugés dont on l’avait imbu.

Si Robert avait été un polémiste, il aurait relevé cette bizarre lacune qui faisait que les doctrines vantées par les révolutionnaires comme pourvoyant à toutes les nécessités de la vie intellectuelle et morale, pèchent en un point essentiel, puisque l’un d’eux se trouvant à l’article de la mort, en était obligé de requérir un catholique qui l’assistât contre la grande épouvante. Mais d’âme trop chrétienne pour pratiquer l’ironie, il ne songeait qu’à remercier mentalement la Providence qui envoyait un rayon de sa lumière dans les ténèbres où gisait le malade et qui le désignait peut-être lui-même pour contribuer à son salut éternel.

Ses yeux bleus, qu’illuminait la paix de la conscience, se fixèrent sur le Christ en croix et, spontanément, il murmura : Domine, non sum dignus, sed tantum dic verbo et sanabitur anima sua.

Mi-touché, mi-remué d’un étrange malaise, Charles l’observait avec curiosité. Rien qu’au contact de ce croyant, il s’était senti moins triste et moins torturé. Et cependant, dès qu’il entendit les paroles latines, il eut un sursaut d’irritation. Des serpents s’agitèrent en lui, tandis qu’un sombre éclat de rire retentissait au fond de son cœur.

Il se leva et demanda d’un ton sec :

— Eh bien, viendras-tu ?

— Certes ; si tu veux je t’accompagnerai tout de suite.

— Non, attends à demain. Chériat changera peut-être d’idée… Je ne voudrais pas avoir l’air de l’influencer.

— Mais s’il persiste, dit Robert en lui posant la main sur le bras et en le regardant bien en face, me laisseras-tu lui amener un prêtre ?