— Je n’essaie pas d’abolir la nature. Dieu nous voulut tels que nous sommes. Mais il a voulu aussi que nous soyons libres de nous racheter par la foi dans une destinée supérieure à celle que semble nous désigner la nature telle que, laissée à elle-même, elle agit sur la terre. Vois-le ce Dieu, là, sur cette croix. Il nous ouvre ses bras tout grands et il nous demande de nous hausser jusqu’à la plaie adorable de son cœur… Si c’est un privilège, tout homme de bon vouloir peut l’acquérir.

Une conviction ardente rayonnait de ces paroles qui furent d’ailleurs prononcées très simplement ; Charles en fut presque sur le point de reconnaître que les sophismes de la raison humaine étaient fort peu de chose en regard des certitudes formulées par la foi. Mais son amour-propre n’admettait pas une défaite aussi rapide. Se raidissant pour dissimuler le défaut de sa cuirasse, il demanda :

— Qu’est-ce qu’un homme de bon vouloir ?

— Celui qui dompte l’orgueil, principe de tous les péchés.

— Et comment le dompter ?

— Par la prière.

— Et qu’est-ce que la prière ?

— C’est à la fois un acte d’humilité, l’aveu que nous ne pouvons réduire la nature sans le secours d’En-Haut et un appel à ce secours.

— Encore, pour prier, repartit Charles, faut-il croire au surnaturel. Je n’y crois pas.

Robert soupira :