Il fit de la main un geste coupant comme pour raser un obstacle, tandis qu’un feu sombre s’allumait dans ses prunelles.

Il était arrivé sur la place de la Bastille.

La foule grouillait autour de lui ; les tramways et les omnibus menaient tapage. Au sommet de cette colonne qui témoigne d’une des plus remarquables duperies dont le peuple ait été la victime, le Génie de la Liberté enlevait dans un rayon de soleil, sa silhouette d’équilibriste romantique.

Charles ne voyait rien que son idée :

— Supprimer Legranpan, répéta-t-il en un ricanement farouche, pulvériser ce scélérat, ses mensonges et ce qui lui reste d’intelligence, projet grandiose !… — Or donc, à toi la bombe, César de la radicaille ! Toi qui te vantes de mener tes séides à la baguette, je vais t’apprendre ce que c’est qu’un homme libre.

Il fit volte-face et, piquant droit sur son domicile, se mit à courir le long du boulevard Henri IV.

Son parti était pris.

CHAPITRE IX

Jamais le penchant que la démocratie éprouve pour les médiocres n’a trouvé à se satisfaire aussi complètement qu’en faveur de M. Félix Saurien, député de Loire et Garonne. Non seulement cet homme d’État se montre incapable d’associer deux idées touchant la cuisine intérieure ou la politique étrangère du régime, mais il ne possède même pas ce bagout grâce auquel divers favoris du corps électoral réussissent à dissimuler, sous un flot de paroles redondantes, la misère de leur intelligence.

Soit que Saurien ait à couronner un bœuf dans quelque comice agricole, soit qu’il lui faille soutenir un projet de loi sur une ligne d’intérêt local, à la tribune, son manque d’éloquence se manifeste par un bafouillage qui met à la torture les sténographes les plus entraînés.