Legranpan se renversa dans son fauteuil. Un rire silencieux lui plissait la face. Quoique haïssant la religion d’une haine tenace et réfléchie, quoique prêt à infliger aux catholiques les persécutions les plus sournoises — toujours au nom de la tolérance — il était trop spirituel pour ne pas juger bouffonne l’animosité des Francs-Maçons contre des vocables que le démon subtil qui le possédait lui avait appris à présenter comme dénués de signification.
— Quelle niaiseries, dit-il, mais allons, pour ne pas faire de peine à la Truelle pétulante ou aux Taciturnes de la Tulipe, au lieu de la Providence mettez la nature. Cela ne veut rien dire et c’est une entité particulièrement agréable aux Loges. Vous savez l’hymne maçonnique :
Notre évangile est la nature
Et notre culte, la vertu…
Seulement Alphonse XIII admettra-t-il qu’on corrige son discours d’après les plus récents manuels de philosophie laïque ?
D’un coup de crayon, Lhiver modifia la phrase en haussant les épaules, car il partageait l’avis du ministre touchant la mentalité des Loges.
— Oh ! dit-il, je gagerais que le roi d’Espagne ne lit pas L’Officiel.
— Il a de la chance, déclara Legranpan, je voudrais bien pouvoir en dire autant…
Puis comme il n’entendait point perdre l’occasion de faire un mot, il ajouta :
— Et vous, Lhiver, croyez-vous en Dieu ?