— C’est selon, répondit le chef de cabinet, évasif.

— Moi, il y a des jours. Somme toute, j’estime assez ce vieillard. Mais — nous ne nous fréquentons pas.

Sitôt proféré ce blasphème, il s’assombrit.

L’orgueil rigide qui formait le fond de son caractère le portait à railler le Nom terrible. Pourtant, lorsqu’il lui arrivait de lancer ainsi quelque brocard sacrilège, une voix secrète s’élevait en lui qui niait la sincérité des parades d’athéisme où il s’efforçait et une sourde terreur lui remuait l’âme. — On peut tenir pour assuré qu’il en va de même chez la plupart des fanfarons contre l’Éternel qui rêvent d’instaurer, d’une façon définitive, le Règne de la Bête.

Lhiver, beaucoup moins endiablé que Legranpan, n’aimait pas ce genre de plaisanterie. Pour faire diversion, il reprit :

— A propos de Francs-Maçons, Mandrillat désirerait vous parler. Comme il ne se souciait pas de croquer le marmot dans votre antichambre, je l’ai fait passer par chez moi : il attend à côté. Êtes-vous disposé à le recevoir ?

— Qu’est-ce qu’il veut encore celui-là, grogna Legranpan qui avait oublié sa dernière entrevue avec le Vénérable. Je n’ai guère de temps… Voici qu’il va être l’heure de gagner mon perchoir à la Dindonnière.

La Dindonnière, c’est ainsi qu’entre intimes, Legranpan désignait la Chambre.

— Enfin, faites-le entrer.

Lhiver ouvrit la porte de communication entre son cabinet et celui de Legranpan et fit un geste d’appel à Mandrillat qui attendait en pétrissant, d’une main anxieuse, les bords de son chapeau.