— Oh ! s’écria-t-elle, ne dites pas que cela n’a pas d’importance. Mon frère était devenu si ombrageux qu’on ne savait plus comment le prendre. La dernière fois que je l’ai vu, ne m’a-t-il pas déclaré qu’il ne voulait plus rien avoir de commun avec moi, parce que j’allais à l’église et que j’élevais chrétiennement ma fille. Cependant, je ne l’avais jamais contrarié dans ses opinions bien qu’elles me fissent tant de peine…

Mais, à coup sûr, il ne se méfie plus de moi puisqu’il me demande. J’en suis si heureuse, moi qui ai tant prié pour lui !

Charles se sentit ému de l’ardeur pieuse avec laquelle ces paroles furent prononcées ; en même temps, elles l’embarrassaient, le ramenant à un ordre d’idées qu’il s’était interdit d’approfondir, les jugeant déprimantes. Néanmoins la pauvre femme semblait si transportée par l’espoir d’une réconciliation avec son frère qu’il dut ajouter :

— Eh bien, madame, soyez tout à fait contente. Non seulement Chériat veut vous voir mais j’ai des raisons d’être assuré qu’il partage à présent vos convictions religieuses.

Elle joignit les mains pour rendre grâces et dit d’une voix qui tremblait de reconnaissance :

— J’étais sûre que le Bon Dieu m’exaucerait…

Que je vais le prier pour mon frère repentant et pour vous aussi qui lui êtes si secourable.

Puis, attirant contre elle sa fillette qui fixait ses grands yeux, avec un mélange de crainte et de curiosité, sur ce visiteur si pâle et dont les regards étaient si étranges, elle poursuivit :

— Va, Marguerite, embrasse monsieur qui est si bon pour ton oncle et pour nous.

L’enfant s’avança vers Charles et lui offrit son front. Il allait s’attendrir ; mais soudain, une pensée terrible lui traversa le cerveau comme un trait de feu :