— Quoi donc, serrer sur ma poitrine où réside la mort cette innocente !…
Ah ! il n’était plus question, à ce moment, de se répéter : « Il n’y a pas d’innocents. »
Il se leva, d’un mouvement brusque, qui fit tomber la chaise, et recula jusqu’à la porte en balbutiant sans savoir ce qu’il disait :
— Non, non, pas cela… Personne ne doit me toucher !…
Effrayée, Marguerite se réfugia près de sa mère qui, elle-même, pleine d’alarmes, dévisageait Charles avec épouvante. Lui baissait la tête, écoutant hurler et sangloter en lui des voix contradictoires. Un silence anxieux régna dans la chambre.
Enfin, se ressaisissant un peu, le jeune homme se rapprocha de la table. Il ne songeait plus à s’enfuir. A considérer cette femme et cette enfant que semblait protéger le Crucifix, qui ouvrait ses bras tutélaires au-dessus de leurs têtes, une douceur insolite rafraîchit son cœur calciné par les flammes infernales.
Il s’efforça de sourire et dit :
— Je vous demande pardon… Un malaise subit. Ne vous occupez pas de moi. Parlons plutôt de vous.
Selon cette perspicacité des belles âmes qui ont beaucoup souffert, la veuve eut l’intuition qu’il y avait là, devant elle, un être en détresse et qui pliait sous un trop lourd fardeau d’angoisses.
Très simplement elle reprit :