— Parler de nous ? C’est un sujet de conversation qui sera vite épuisé. Notre vie ne présente rien d’extraordinaire.

— La gagnez-vous votre vie ? demanda Charles, vous paraissez bien pauvre. Et ces travaux de couture, ajouta-t-il en désignant la pile de corsages sur la table, vous sont, sans doute, très mal payés.

— Je ne saurais dire, répondit Mme Viard, que ce soit du bon ouvrage. Nous autres ouvrières de la confection à domicile nous sommes employées par des entrepreneuses qui fournissent les grands magasins. Comme elles prélèvent leur bénéfice sur notre travail, il faut se donner beaucoup de mal pour joindre les deux bouts.

— Et combien vous faites-vous par jour ?

— En cousant de onze à douze heures, vingt-cinq au vingt-six sous. Il faut acheter le fil. Et puis l’hiver, il y a le chauffage et le pétrole… Si je pouvais travailler directement pour les grands magasins, je me ferais davantage.

— Combien alors ?

— Mais de deux francs à deux francs cinquante par jour.

Et cela vous suffirait ?

— J’ai appris à me contenter de peu. Si seulement j’étais toujours sûre d’avoir du pain et du lait et quelquefois une petite côtelette pour Marguerite… Malheureusement il y a les chômages.

Tout cela était dit sans emphase ni jérémiades, comme une chose acceptée et à propos de quoi il n’y a pas lieu de se plaindre.