La veuve se dressa ; elle avait trouvé :

— Viens, Marguerite, dit-elle, c’est l’heure de prier la Sainte Vierge.

Obéissante, l’enfant s’agenouilla auprès d’elle. Toutes deux firent le signe de la croix et s’inclinèrent devant le Crucifix. Puis les versets de la suave oraison, qui relie si adorablement au Ciel la pauvre humanité, embaumèrent la chambre.

Charles demeurait immobile, écoutant, la tête dans les mains. Et, terminant la prière, la veuve et l’enfant disaient à son intention : « Priez pour nous, Sainte-Mère de Dieu, afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ. » Puis elles ajoutèrent l’invocation finale : « Nous vous en supplions, Seigneur, répandez votre grâce dans nos âmes, afin qu’ayant appris par la voix de l’Ange, l’incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous soyons conduits, par sa passion et sa croix, à la gloire de sa résurrection… »

Elles se signèrent de nouveau et se relevèrent, le visage rayonnant d’une joie sérieuse dont Charles n’avait vu la pareille qu’auprès de Robert Abry.

Il ne savait plus ce qui se passait en lui. Cette résignation, cette foi merveilleuse, ces paroles où scintillait, comme une étoile de tendre mystère, comme un reflet de la bonté divine, la splendeur de la rédemption, le remuaient indiciblement. Puis aussitôt, il lui sembla qu’il n’était pas à sa place dans cette chambre où les effluves de la prière flottaient comme un arôme de fleurs miraculeuses. Il gagna la sortie. Mais, déjà dans le corridor, il revint sur ses pas pour dire d’une voix altérée :

— Priez encore pour moi…

La veuve acquiesça d’un signe de tête. Elle sentait qu’il ne fallait rien ajouter de plus…

Dans la rue, Charles vagua au hasard. Il se disait :

— Quelle force pourtant, quelle conviction sereine chez cette femme aussi pauvre, plus pauvre que tous les révolutionnaires qui crient leurs rancunes. Et moi, lui serais-je inférieur ?… Elle se résigne ; je veux verser le sang. Qui a raison ?