Chériat éleva sa pauvre voix haletante :

— Il est tard, n’est-ce pas ? Est-ce que Robert ne doit pas venir ?

— Si, répondit Charles, il ne saurait tarder.

Justement, ouvrant la porte avec précaution, le catholique parut sur le seuil. Il regarda Charles et remarqua tout de suite à quel point il était bouleversé. Il n’eut pas l’air de s’en apercevoir, sachant, par expérience, que son ami se dérobait à toute sollicitude et se verrouillait dans un silence courroucé dès qu’on faisait mine de s’occuper de lui. Pourtant, il lui tendit la main en disant :

— Tu as veillé seul ? J’espère que tu n’es pas trop fatigué.

— Je suis bien, riposta Charles d’un ton sec. Et il feignit de ne pas voir la main de Robert. Toucher quiconque avait part aux choses saintes, quiconque gardait une âme innocente lui était insupportable. De même, que, chez la veuve, il avait écarté la petite fille, de même il évita le contact du catholique.

Il se rassit dans le fauteuil et affecta de ne prendre aucun intérêt à ce qui se passait dans la chambre.

Cette morne réserve lui était si habituelle que Robert n’en fut point surpris. Il hocha la tête, soupira tristement, puis sans autre démonstration, s’approchant du lit, demanda à Chériat comment il se trouvait.

— Toute la journée j’ai respiré plus facilement, dit le malade, mais cette nuit je me sens mal. On dirait qu’il y a quelque chose dans l’air qui pèse sur moi et m’étouffe… Et puis j’éprouve je ne sais quelle appréhension vague comme s’il allait arriver un malheur.

Il ouvrit les bras et se souleva sur sa couche, regardant Robert avec angoisse.