Il était décidé à recourir bientôt au sacrement de pénitence, à communier et à recevoir l’Extrême-Onction. En attendant, il ne cessait d’interroger Robert sur les dogmes et les rites ; il lui faisait commenter les enseignements de l’Évangile. Et à mesure qu’il s’instruisait de ces vérités oubliées depuis son enfance, il sentait une paix radieuse régner dans son âme ; et c’était sans épouvante qu’il voyait s’approcher la mort.
Comme il ne parvenait pas à se rendormir, il dit à Robert ;
— Récitons le Pater. Tu le diras tout haut et je te suivrai à voix basse pour ne pas me fatiguer la poitrine.
Ensuite tu m’apprendras ce que te suggèrent ces paroles qui me font plus de bien que n’importe quel remède.
Abry regarda du côté de Charles. Il ne bougeait pas : accoudé à l’un des bras du fauteuil, la main sur les yeux, il paraissait assoupi.
Alors le catholique entama la sublime prière dont Tertullien a pu dire, à bon droit, qu’elle était « un abrégé de tout l’Évangile ». Et Chériat se joignit à lui, d’une voix humble et toute fervente :
Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié. Que votre règne arrive. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous induisez pas en tentation. Mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.
Quand ils eurent achevé, Robert continua :
— Remarques-tu que dans cette oraison apprise par Notre-Seigneur, lui-même, à ses disciples, on trouve de quoi contenter tous les besoins de notre âme ? « Nous pouvons, écrivait saint Augustin, demander les mêmes choses en d’autres termes, mais nous ne sommes pas libres de demander autre chose. » Et, en effet, quels biens pourrions-nous solliciter qui ne soient pas impliqués dans ce parfait modèle ? Plus tu y penseras, plus tu t’apercevras que cette prière est un résumé de toute la vie chrétienne. Elle rappelle au fidèle que, par son baptême, il est devenu l’enfant de Dieu. Elle formule le suprême désir du chrétien, à savoir que le nom de Dieu soit béni sur toute la terre et son règne accepté par tous les cœurs. Être soumis à la volonté divine, obéir, dans la joie comme dans les épreuves, à cette volonté sur nous, c’est réprimer l’orgueil, c’est nous souvenir que nous sommes sans cesse sous l’œil de Dieu qui juge nos intentions et nos actes. Le chrétien doit tout attendre de son Père qui est au Ciel. Aussi lorsqu’il lui demande son pain de chaque jour, il n’entend point par là les richesses et les honneurs, mais cette nourriture qu’il doit acquérir par son travail. Il entend également la nourriture de son âme telle que la Sainte Église est toujours prête à la lui dispenser. Enfin, au sens mystique, il demande d’être toujours digne de recevoir ce pain suprasubstantiel : la Sainte Eucharistie. Puis le chrétien s’humilie à cause de ses fautes ; demandant à son Père de les lui pardonner, il s’engage à pardonner également à ceux qui lui firent du tort. Pour terminer, il sollicite le secours de Dieu afin d’échapper aux embûches que nos passions ne cessent de nous tendre.
Robert médita quelques instants puis il reprit :