— Ah ! se disait-il, si elles pouvaient toucher le cœur de Charles !…

Mais, celui-ci avait eu un mouvement de colère en entendant Chériat proclamer la défaite de son orgueil. Il se détourna du lit et fixa le plancher, devant lui, d’un air farouche.

Robert s’était agenouillé au chevet de Chériat.

L’un et l’autre se signèrent et, d’une inspiration spontanée, se mirent à prier, à voix basse, pour leur ami perdu dans les ténèbres.

Tandis qu’ils appelaient sur lui la miséricorde du Seigneur, Charles récapitulait, avec amertume et dérision, les propos des deux croyants. Il tendait toutes les forces de son âme pour qu’elle rejetât cette leçon de fraternité à l’égard d’autrui, d’humilité devant Dieu qu’il venait de recevoir. Un instant, il avait été sur le point de fléchir ; à présent encore, l’écho de l’Oraison Dominicale résonnait dans son cœur. Mais il voulait que ce fût un bruit importun qu’il fallait se hâter d’étouffer.

L’Évangile était près de lui, sur la table, ouvert au XIe chapitre de Saint-Matthieu. Son regard s’y porta et il lut ceci :

Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient, afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants et qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes.

— Encore le pardon ! murmura Charles qui sentait un étrange courroux l’envahir de plus en plus. Il feuilleta quelques pages et s’arrêta sur ce verset :

« Pierre, s’approchant du Seigneur, lui dit :

— Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il aura péché contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ?