Mandrillat haussa les épaules et reprit sa promenade en criant : — Est-ce que j’ai eu le temps de m’occuper de ce garçon ? Est-ce que tu ne devais pas le surveiller ? A quoi es-tu bonne, je me le demande ?

Ici encore, la mère eût été en droit d’objecter que nulle autorité ne lui avait jamais été concédée hormis sur les femmes de chambre et les cuisinières. Cette pensée ne lui vint même pas. Ne sachant que dire, elle chuchota qu’elle n’avait pas vu Charles depuis quinze jours.

— Et qu’est-ce qu’il t’a raconté la dernière fois qu’il est venu ?

Elle eut de la peine à s’en souvenir. Enfin elle mentionna confusément qu’il lui avait demandé quelque argent, en avance sur sa pension.

— Et toi, pauvre sotte, tu lui en as donné, n’est ce pas ?… Devines-tu à quoi il a servi, cet argent ?

Mme Mandrillat explora en vain le désert grisâtre de son intelligence et fit un signe négatif.

— A préparer des ingrédients pour me faire sauter ! hurla le Vénérable.

Derechef il déambula, tandis que sa femme, ne se rendant guère compte de la catastrophe qu’il venait d’évoquer, demeurait immobile sur son pouf. N’étant présente que pour faciliter à Mandrillat une débâcle d’invectives, elle se tassa dans son inertie.

Toutefois, ce jour-là, Mandrillat sentait d’une façon vague, qu’un incident avait surgi qui, en saine logique, eût exigé qu’ils se concertassent au sujet de leur enfant.

Mais que résoudre, puisque lui ne savait rien du caractère de Charles et qu’elle semblait l’ignorer tout autant que lui ?