Un éclair rougeâtre jaillit, une détonation formidable roula sous les voûtes séculaires, puis une âcre fumée remplit la cathédrale jusqu’à l’abside…

Les premiers qui accoururent relevèrent le cadavre affreusement mutilé de Charles : le torse était déchiré depuis le cou jusqu’au bas-ventre ; les viscères hachés pendaient dans une mare de sang. La main qui avait tenu la bombe avait été arrachée et projetée dehors, sur le Parvis. La figure, restée intacte, exprimait une angoisse infinie et l’on eût dit qu’un cri de terreur effroyable demeurait figé sur la bouche béante…

Ainsi, par un évident miracle de la Justice divine, le meurtre s’était retourné contre celui qui appelait le meurtre sur autrui.

ÉPILOGUE

L’attentat de Charles souleva une assez grande émotion dans Paris.

Les fidèles, reconnaissant l’intervention de la Providence dans le châtiment si prompt et si terrible de l’assassin, s’unirent pour rendre grâces au Dieu d’équité qui a dit : « Je me suis réservé la vengeance ».

Le peuple, qui garde du bon sens et des sentiments généreux lorsque les sectaires qui l’exploitent ne le rendent point frénétique, témoigna de l’horreur pour un assassin dont la barbarie avait failli frapper des femmes sans défense. Les plus indulgents le plaignirent comme un fou dont l’acte ne s’expliquait guère. D’autres — et ils étaient nombreux — se sentirent troublés par les circonstances du drame. Il se disait dans les ateliers :

— Pour sûr, c’est singulier qu’il se soit tué lui-même au moment où il voulait chambarder Notre-Dame. Est-ce que, des fois, ce ne seraient pas des blagues ce que racontent les calotins ? Y aurait-il un Bon Dieu pour veiller sur nous ?

Cet état d’esprit prenant de l’extension, la Maçonnerie s’en alarma et fit donner la presse athée. Divers journaux épiloguèrent à l’infini sur les portes à ressort et le danger des explosifs maniés par un agité. Le tout pour conclure à un hasard dont il fallait se féliciter sans y reconnaître rien d’extraordinaire. Puis ils mirent les citoyens en garde contre les manœuvres du « parti clérical » et ils insinuèrent que les catholiques, lorsqu’ils affirmaient que la mort de Charles prouvait, une fois de plus, l’existence du Surnaturel, méditaient de rétablir l’Inquisition. Ensuite, ils couvrirent d’outrages le Cardinal-archevêque qui s’était permis d’ordonner des prières expiatoires et une cérémonie de purification de la Basilique où vint une foule énorme. Bien entendu, ils rappelèrent, à ce propos, la révocation de l’Édit de Nantes et la Saint-Barthélemy.

Enfin, pour faire entièrement diversion, ils organisèrent un défilé des Loges devant la statue d’Étienne Dolet, ce précurseur dont la libre-pensée alla jusqu’à l’uranisme.