Mariano se présenta comme l’envoyé de Ruy Gomez et des religieux de Pastrana. La Solitaire le fit asseoir et, à peine eurent-ils commencé à s’entretenir qu’ils s’aperçurent — sans doute à l’accent — qu’ils étaient compatriotes, ce qui leur causa un notable plaisir. La conversation se poursuivit en dialecte napolitain.
Mariano lui demanda ce que signifiait la phrase qu’elle avait prononcée en l’apercevant. Alors elle lui raconta en détail toute son existence et comment le désir lui était venu d’ériger un monastère, dont elle relèverait, auprès de sa grotte. Elle lui exposa aussi les visions que Dieu lui avait envoyées pour lui désigner, comme fondateurs, les Carmes déchaussés dont, jusque-là, elle ignorait l’existence.
Mariano admira la façon dont la Providence avait conduit toute chose. Il lui décrivit ensuite l’œuvre de réforme entreprise par sainte Térèse et conclut par ces mots : « Certainement, vous êtes appelée à y concourir.
— Si c’est la volonté de Dieu, répondit Catherine, je le ferai de bon cœur. Mais comment réaliser d’abord notre fondation ici même ?
— Il faut, reprit Mariano, que vous m’accompagniez à Pastrana. C’est le désir du prince et j’ai reçu mandat de mon supérieur pour vous y décider. »
Mais Catherine montra tout d’abord une vive répugnance. « Je ne veux point quitter ma chère solitude, dit-elle, car j’ai pris la ferme résolution de ne plus jamais rentrer dans le monde. Qu’irais-je faire à Pastrana ? Je vous serais un embarras plutôt qu’une aide et vous serez plus à même que moi de mener à bien le projet que Dieu m’inspira. »
Durant cette dérobade, Mariano, dont la patience n’était jamais très longue, s’anima : « Comment, s’écria-t-il, vous me déclarez que vous entendez vous placer, désormais, sous l’obéissance et dès la première minute qu’il faut le faire, vous vous rebiffez ? C’est une singulière façon de comprendre votre devoir !… »
Catherine, comprenant qu’elle errait, par abus du sens propre, reconnut sa faute et promit de se soumettre.
Mariano continua : « Ce déplacement est d’autant plus nécessaire que vous seule pouvez réunir les fonds pour bâtir le monastère. Le prince Ruy Gomez a fourni l’argent pour celui de Pastrana ; le solliciter de nouveau serait indiscret et d’ailleurs, il se trouve, en ce moment, fort gêné. Nous autres, Carmes, nous n’avons pas le sou. Par vos relations à la Cour, vous obtiendrez les aumônes qui remédieront à notre pénurie. Mais, à cet effet, il faut que l’on vous voie et même vous devrez probablement vous rendre à Madrid.
— Soit, répondit Catherine en soupirant, je ferai tout ce qu’on me dira et je quitterai, pour un temps, mon désert bien-aimé. »