Le jour du Vendredi Saint, 20 mars 1793, vers dix heures du matin, il se présente à la maison de la rue Mouffetard, suivi de trente sectionnaires en armes.

L’appartement est fouillé, retourné de fond en comble. « Chaque pièce, chaque meuble est l’objet d’une investigation minutieuse et de questions pressantes » — le tout assaisonné d’injures et de brutalités.

On mit la main sur une correspondance adressée à « la citoyenne Soyecourt » et dont les termes prouvaient que celle-ci se tenait en relation avec des prêtres réfractaires. Les lettres n’étaient d’ailleurs pas signées.

Camille et ses compagnes — moins deux qui avaient réussi à s’enfuir — furent emmenées par les sectionnaires et, le soir même, écrouées à la prison de Sainte-Pélagie. Elles furent jetées parmi des femmes de mauvaise vie qui les accueillirent par des quolibets fangeux et les plus ignobles blasphèmes.

Dans ce milieu abominable, elles reçurent pourtant les consolations d’un prêtre intrépide, l’abbé de Lalande qui trouva le moyen de parvenir jusqu’à elles.

Voici comment il s’y prenait. Chaque semaine, vêtu en garçon marchand de vins, il se présentait à la porte de la prison, avec un panier de bouteilles sur la tête. « Il amadouait les geôliers, leur versait à boire, parlait haut et fort ; puis les intéressant à son commerce, il obtenait d’eux de parcourir toute la prison, où il vendait ses liquides, encourageait les détenues, entendait les confessions, se chargeait des lettres pour le dehors et repassait le guichet en fumant sa pipe et en emportant les bouteilles vides. »

Cependant, la sœur Camille, tenue pour la plus dangereuse des fanatiques arrêtées rue Mouffetard, subissait chaque jour, devant les commissaires de la section du Panthéon, des interrogatoires prolongés. Ils avaient lieu généralement le soir et duraient souvent de cinq heures à minuit. Soutenue par l’oraison, elle y montrait beaucoup de sang-froid et de présence d’esprit. Attentive à ne compromettre personne, elle mesurait ses réponses, ou, lorsqu’il y aurait eu danger à dire la vérité, déclarait d’une voix ferme, qu’elle ne dirait rien. Dans ce cas, ni instances ni menaces ne réussissaient à lui arracher un mot.

Parfois les enquêteurs possédaient quelque culture ; la plupart du temps, c’étaient des illettrés, qui, ne comprenant rien aux missives saisies, s’imaginaient que toute phrase dissimulait des complots. La chose devenait presque comique, quand ils s’aheurtaient à des passages où il était question de spiritualité ou de vie intérieure.

C’est ainsi que l’un d’eux, déchiffrant avec peine une lettre de direction écrite par l’abbé de Floirac, crut y découvrir cette phrase : « Il faut faire mourir la nation. » A ce coup, il crut bien tenir l’indice d’une conjuration liberticide.

« Comment, s’écria-t-il, détestable aristocrate, tu admets qu’on souhaite de faire périr la nation ! »