Procul recedant somnia
Et noctium phantasmata…
J’allai poursuivre lorsqu’une longue plainte — basse et sanglotée — s’éleva tout à coup dans l’ombre immobile. De quelle indicible souffrance elle paraissait l’expression !… Puis j’entendis comme un piétinement tout proche. Cela semblait d’abord me parvenir à travers le mur où touchait mon lit.
Je pensai : — Il doit y avoir un malade dans la maison contiguë. Sûrement, on ne tardera pas à recourir au docteur…
D’un moment à l’autre, je m’attendais à ce que la sonnerie électrique de l’entrée vibrât et je faisais la réflexion qu’il serait peu amusant pour Dufoyer d’être obligé de se lever en pleine nuit.
Cependant le bruit augmentait : des gémissements entrecoupés, des supplications balbutiées, des pas lourds qui s’arrêtaient parfois brusquement, puis reprenaient avec une allure de panique. La rumeur allait toujours grandissant de sorte que j’avais maintenant l’impression d’en être environné. Ce fut au point que je m’écriai : — Il est impossible que, là-dessous, mes amis n’entendent pas !…
Mais non, aucun mouvement n’indiquait leur réveil. Et alors, une idée singulière, comparable à une clarté indécise dans de la brume, surgit en mon esprit : — Est-ce que ce tumulte ne serait perceptible que… pour moi ?
En vain je m’efforçai d’écarter cette suggestion et de me convaincre de son extravagance. Elle m’obséda bientôt si fort que j’eus beau me raisonner, il me fallut y plier mon jugement.
Pour faire diversion, j’allumai la bougie et je scrutai la chambre d’un œil passablement effaré. Or je n’aperçus rien d’extraordinaire : il n’y avait personne auprès de moi ; tous les meubles étaient à leur place. Toutefois, le bruit avait cessé.
Ce calme si subit aurait dû me rassurer. Au contraire ; je me sentis plus anxieux. Mon cœur battait à grands coups et j’avais beau me répéter, avec une obstination puérile, que certainement, j’avais rêvé, la certitude incoercible s’ancrait en moi d’une présence mystérieuse qui ne voulait ou plutôt ne pouvait pas s’éloigner.