— Ah ! quant à cela, reprit-il, entrant dans la plaisanterie, je ne réponds de rien… Mais nous voici rendus.
La chambre, plutôt grande, tapissée de neuf, occupait l’angle est de la maison. Un mur plein la limitait de ce côté. Le lit s’y appuyait. Une large fenêtre, ouvrant vers le sud, était garnie de rideaux en mousseline fort légers mais point de persiennes.
Le docteur s’en excusa : — J’ai dû faire enlever les volets qui tombaient en débris car n’oubliez pas qu’il y a presque un siècle que la maison est inhabitée. J’en ai commandé d’autres, mais le menuisier du village est si nonchalant que je ne sais quand ils seront en place tant ce potentat de la varlope traîne pour les façonner.
— Cela m’arrange très bien, dis-je, où que je sois, je déteste me calfeutrer et comme je m’éveille de bonne heure, rien ne m’est plus agréable que d’assister au lever du jour.
Sur quoi, le docteur me quitta en me réitérant l’assurance que nul bruit n’interrompait mon sommeil, de sorte que je pourrais faire la grasse matinée si l’envie m’en prenait.
Je rapporte ce dialogue, d’une banalité complète, pour bien vous souligner l’état d’esprit où je me trouvais. Constatez-le : pas plus le local que les phrases échangées avec mon ami n’étaient de nature à me tenir l’imagination en alerte. En somme, ma lassitude ne me laissait qu’une idée nette : m’étendre le plus vite possible et reposer. Je me déshabillai rapidement, je posai ma montre sur la table de nuit, je me fourrai dans les draps, je soufflai la bougie et je m’endormis tout de suite d’un profond sommeil…
Soudain, je fus réveillé en sursaut par quelque chose d’insolite qui se passait dans la chambre. Il me sembla que je n’étais plus seul — qu’une présence indéfinissable s’efforçait de se manifester à mes sens et souffrait de n’y point réussir. Encore tout assoupi, ne réalisant que d’une façon incohérente ce que j’éprouvais, je frottai machinalement une allumette et je consultai ma montre… Minuit et demie… Il y avait trois heures que je dormais.
Je demeurai assez longtemps très vague. Puis je promenai à travers la chambre un regard qui ne me fit rien découvrir d’anormal. Je me tournai vers la fenêtre et je remarquai que les nuages, qui couvraient le ciel à mon arrivée, s’étaient dissipés. La nuit resplendissait d’étoiles et régnait, toute pacifique, sur la campagne. Pas un souffle de vent. Dans la maison, rien ne bougeait ; nul trottinement de souris dans le grenier ; auprès de moi, nul de ces craquements de meubles qui éclatent parfois à l’improviste. Partout, un silence absolu.
— Bah ! me dis-je, je subis sans doute une petite poussée de fièvre due à la fatigue du voyage… Tâchons de nous rendormir.
Je remis ma tête sur l’oreiller et je commençais à reprendre mon somme si fâcheusement interrompu, lorsque je subis la sensation étrange d’être observé par quelqu’un qui aurait voulu se rendre visible mais n’y parvenait pas. Alors j’avoue que je me sentis troublé. Et, par instinct préservateur, j’articulai les deux vers qui ouvrent la seconde strophe de la conjuration de Saint Ambroise :