Il nous accueillit avec une politesse affectueuse. Tandis que lui et moi nous nous félicitions de renouveler connaissance, le docteur s’agitait. On voyait qu’il avait hâte d’exposer l’objet de sa visite. Le prêtre s’en aperçut et en témoigna de la surprise car, entretenant avec mon ami des relations presque journalières, il n’avait point coutume de remarquer en lui tant de nervosité.
Que se passe-t-il donc, cher Monsieur ? demanda-t-il. Vous, si calme d’ordinaire, vous semblez, ce matin, tout bouleversé… Puis-je vous être utile ?
Sur cette invite, Dufoyer entama d’une voix fébrile, l’exposé de la situation. Mais, trop ému pour y apporter de la méthode, il s’empêtra dans un fouillis de digressions d’où il ne réussit pas à se dégager, de sorte que le curé ne saisit pas grand’chose.
J’intervins. Je recommençai posément le récit de Dufoyer. J’insistai spécialement sur le fait que la sœur de sa femme et moi, à quelques jours de distance, nous avions subi des impressions analogues. Puis je m’efforçai de bien définir les sentiments que m’avait suggérés cette Présence occulte qui paraissait si malheureuse.
Ici, le curé, qui me prêtait la plus sérieuse attention, me demanda ce qui avait prédominé en moi de la pitié ou de la frayeur.
— La frayeur, répondis-je, mais non point la panique car tout le temps que cela dura, je restai maître de mon jugement. Cependant je sentais que j’aurais dû prier davantage et avec plus de ferveur que je ne le fis.
— Et pourquoi ?
— Parce que j’avais l’intuition d’être mis en contact spirituel avec une âme qui avait terriblement besoin de prières. Mais ses accents de détresse me troublaient si fort que je ne parvenais pas à me recueillir.
Le prêtre ne se hâta point de nous donner un avis. Rassis et mesuré par caractère, il méditait profondément lorsque le docteur, qui avait peine à se contenir, s’écria : — Enfin, Monsieur le curé, m’apprendrez-vous le motif pour lequel vous ne m’avez pas averti que cette maison était de celles qu’on préfère ne pas habiter ? Administrant la paroisse depuis bien des années, vous deviez savoir quelque chose !
Le ton dont il proféra ces phrases révélait une violente irritation. Je le regardai, avec surprise, ne le connaissant pas sous ce jour. Mais le curé ne se formalisa point. Il eut un geste pacifiant et dit avec beaucoup de calme : — Mon cher Monsieur, croyez-vous qu’il soit nécessaire de me quereller pour obtenir que je m’explique ?