Il ajouta des paroles si acrimonieuses sur ce qu’il appelait « mes idées de prêtre » que j’aime mieux ne pas les répéter.
Étant l’un et l’autre de caractère impétueux, si je lui avais répliqué sur un ton analogue, une querelle d’une violence qui, à cette minute, aurait eu quelque chose de fratricide pouvait éclater. Dieu me donna la force de me maîtriser. Je saignais en-dedans mais je cachai ma blessure. D’ailleurs peu importait que je fusse blessé !… Comme m’adressant à moi-même, je me contentai de murmurer : — Est-ce donc pour nous heurter si douloureusement que nous nous sommes rencontrés ? Le temps s’écoule d’une façon irréparable et voilà que nous l’employons à nous faire du mal !… Charles, nous séparerons-nous ainsi ?
Il parut touché. Néanmoins, il se tenait sur la défensive car il répondit : — Cela dépend de toi. Promets-moi de ne plus faire aucune allusion au sujet qui nous divise et pendant le peu d’instants qui nous restent à passer ensemble, je me charge de te prouver que je t’aime toujours autant.
— Ton âme m’est trop chère pour que j’accepte cette condition, dis-je en sanglotant, j’aurais beau te promettre mon silence sur ce point, je sais que je manquerais à mon engagement. Songe, je t’en conjure, que si je t’obéissais, ce serait, devant Dieu, comme si je plantais un poteau indicateur, à ton intention, sur la route qui va en enfer.
— Alors, reprit Charles en se dirigeant vers la la sortie, nous n’avons plus rien à nous dire… Adieu !
Sur le seuil, il s’arrêta. J’espérais un revirement providentiel. Mais, avec une inflexion de voix d’une étrange douceur, il dit simplement : — Prie pour moi, mon ami…!
— Ah ! tu n’avais pas besoin de me le demander !
Et je m’élançai vers lui. Mais déjà, il était de l’autre côté de la porte et je l’entendis descendre précipitamment l’escalier.
Une heure plus tard, le cœur brisé, l’esprit en désarroi, je quittai Lyon.