Sine tuo numine
Nihil est in homine
Nihil est innoxium.
Elle définit en sa vigueur concise, l’état effrayant de l’âme réfractaire au Saint-Esprit. Bientôt, celle-ci devient inapte à le recevoir. Elle est désormais cet animal rivé à ses instincts pervers dont parle saint Paul dans la première épître aux Corinthiens. Et cela, parce que, tel jour où la Grâce se faisait plus pressante, son libre-arbitre ayant à choisir, en pleine conscience, entre Dieu et le diable, a choisi délibérément le diable. C’est aussi parce qu’elle a commis ce péché contre le Saint-Esprit dont Notre-Seigneur nous prévient qu’il ne sera jamais pardonné. Voilà l’histoire de bien des conversions avortées.
Mais la charité du Saint-Esprit est infatigable. Fût-ce au lit de mort, fût-ce à la dernière minute, il s’offre encore à l’homme qui se verrouillait, lui-même, dans le cachot de son orgueil. Que l’âme pécheresse, sentant alors son indicible solitude, invoque, avec la simplicité d’un enfant, le secours qu’elle avait si longtemps méprisé, Jésus lui dit : — Je ne te laisserai pas orpheline. Et il lui envoie le Consolateur.
Immédiatement, la pauvre âme découvre que les oripeaux bariolés, dont elle se glorifia durant tout son voyage sur terre, n’étaient que de sales guenilles. Elle s’en dépouille avec allégresse et — quelle que soit la date de son revirement — elle revêt la tunique de pourpre et d’or, tissée par les anges, que la Grâce illuminante lui tenait en réserve pour une suprême Pentecôte. Car ne vont en enfer que ceux qui l’ont voulu — jusqu’au bout…
Le lundi de la Pentecôte, je médite ces choses, un livre ouvert sur ma table : Vie de Marguerite du Saint-Sacrement, Carmélite de Beaune qui fut, au XVIIe siècle, la servante privilégiée de l’Enfant Jésus. Mes yeux s’arrêtèrent sur une page dont je transcris l’essentiel :
« Marguerite vit le double mouvement par lequel le cœur de Jésus se resserre afin de s’imprégner du divin Esprit dans le sein du Père puis se dilate afin de communiquer à l’Église, qui est son corps, la chaleur vitale qu’il avait produite pour lui-même. »
Glose magnifique d’une parole de Jésus rapportée au chapitre XII de saint Luc : — Je suis venu répandre le feu sur la terre et que veux-je sinon qu’il s’allume ?
Oui, c’est par une effusion du Sacré-Cœur que ce Feu vivifiant : le Paraclet, s’épanche dans nos âmes. Mais qu’arrivera-t-il le jour, peut-être proche, où presque tous les baptisés prendront pour guide Celui d’En-Bas, où il n’y aura plus qu’un petit troupeau pour suivre le Pasteur unique ? Il arrivera la fin du monde par embrasement. Et ce même Feu qui allumait en nous un foyer d’amour allumera l’incendie vengeur de la Justice divine…