Le visage incliné sur le Bien-Aimé,

Je restai là et j’oubliai tout

Pour le contempler au milieu des lys…

AOUT

Lectures. — Quand j’écrivais, dans la Basse Cour d’Apollon, « qu’il y a une foule de choses aussi intéressantes que la littérature », je résumais une façon de voir qui m’est coutumière dès longtemps. Je lis beaucoup pour occuper les loisirs que m’impose la maladie. Mais ce ne sont ni les romans ni les recueils de vers qui constituent la plus grande part de mes lectures. D’abord, l’expérience m’apprit qu’il en existe fort peu qui vaillent la peine qu’on y fixe son attention. Ensuite, les trois-quarts de mes pensées se vouant à explorer les diverses provinces du Royaume de Dieu, je ne puis vraiment m’attacher qu’aux volumes qui les décrivent ou qui montrent que leurs auteurs gardent, tout au moins, la notion du divin.

Fait assez rare à l’heure actuelle. Même, certains qui, dans le privé, s’affirment catholiques, ne manifestent guère qu’une foi vivante régisse leur production. Trop souvent, celle-ci donne à supposer que, par révérence à l’égard du matérialisme pesant dont notre époque est imbue, ils ont honte de s’avouer enfants de Notre-Seigneur. C’est affaire à eux. Pour moi, je ne saurais imiter leur… prudence. Il se peut que j’aie droit à l’épithète de lettré dont quelques critiques veulent bien me gratifier, mais, à coup sûr, je ne suis pas un gens-de-lettres, c’est-à-dire un homme persuadé que l’Art a sa propre fin en soi. Mon objectif invariable le voici : servir Dieu et son Église. De là, mon œuvre depuis vingt ans ; et, — je le mentionne sans orgueil comme sans fausse humilité — j’ai des preuves incessantes que, visant à faire connaître, à faire aimer davantage le Bon Maître, elle ne fut pas stérile.


Donc, il est assez rare que je lise des romans. Et pourtant ce n’est pas faute d’être renseigné, au jour le jour, sur ceux qui dansent, comme une escadrille de bouées multicolores, parmi les remous de cet Achéron aux ondes troubles : la publicité commerciale ! Le temps est passé de la critique : elle végète à la dernière ou à l’avant-dernière page de quelques quotidiens. Encore ne lui concède-t-on, le plus souvent, qu’un petit nombre de lignes rédigées en style de télégraphe. Il reste les revues ; mais leur public est restreint. Ce qui possède la vogue, c’est la réclame mise en vedette de façon à tirer l’œil. Aujourd’hui, ouvrant un journal, on tombe sur un vermicelle de l’illustre maison Gongoraz. Hier c’était sur le roman vanté comme « de la meilleure marque » et que vient de pondre le sublime Troufignard. Demain, ce sera une cafetière perfectionnée par le savant Goulenbuis. Après-demain, le roman fracassant du supersublime Gaufrencuir. Et ainsi de suite : comestibles, ustensiles, littérature pêle-mêle. D’autres fois, ce sont des notices, bourrées de promesses aphrodisiaques, qui célèbrent le roman de M. Darenfeu ou celui de Mme Paupiette, née Julie Ravigote. Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, en général, le soin de composer ces dithyrambes aguichants est laissé à l’auteur :

… Mes petits sont mignons,

Beaux, bien faits et jolis sur tous leurs compagnons