Et les vers ? — Eh bien, parmi ceux que j’ai lus de poètes récents, il n’y en a pas non plus un grand nombre qui m’aient produit une impression durable.

Quelques noms pourtant surnagent dans ma mémoire. Celui de Louis Pize qui, dans une forme élégante et louablement classique, a su nous évoquer de beaux paysages de Provence et des Cévennes et a chanté, avec une émotion communicative, la gloire de la Sainte Vierge et celle de saint François Régis. Combien je garde aussi un bon souvenir du recueil de Jean-Marc Bernard : Sub tegmine fagi ! Ce jeune poète fut tué au front, pendant la guerre abominable dont nous n’avons pas fini de panser les blessures. C’est grand dommage car il y avait en lui une magnifique promesse.

Mais les poèmes que je lis avec le plus de plaisir toutes les fois que je les rencontre dans un journal ou une revue, ce sont ceux de M. Tristan Derème. Cadences et rythmes conformes aux meilleures traditions s’y allient en des strophes d’une habile et charmante souplesse pour exprimer, avec une clarté toute française, des sentiments propres à toucher quiconque ne prise ni la déclamation romantique ni l’incohérence à prétentions géniales. M. Derème montre des qualités de mesure, de finesse, de lyrisme tempéré, de bonne humeur qui l’apparentent à Lafontaine. Je ne crois pas outrer l’éloge en émettant cette opinion.

Vous parlerai-je maintenant des controverses où, sous couleur de « poésie pure », les héritiers littéraires du déplorable Mallarmé et divers théoriciens occasionnels dépensent des tonnes d’encre ?

Certes non !… Comme elles sont infiniment nébuleuses, comme elles n’ont pour but que de nous signifier qu’il existe un art transcendant dont, seuls, une poignée de rhapsodes abscons possèdent le privilège, nous laisserons ces messieurs échanger leurs arguments, leurs prétendus « éclaircissements » et leurs apologies inconsistantes dans les cénacles minuscules où ils se retranchent.

Quant aux poètes innombrables qu’une stricte justice obligerait de traiter comme Apollon traita Marsyas, il est bien inutile de les morigéner. A toute critique, chacun d’eux répondrait à l’exemple d’Oronte :

Et moi je vous soutiens que mes vers sont fort bons !…

Personne n’a le temps ni l’envie de les détromper. Il est donc préférable d’observer à leur égard un parfait silence.


Récemment, de divers côtés, on m’a demandé ce qu’il fallait penser de M. Paul Claudel. Il n’est pas malaisé de répondre : du catholique, beaucoup de bien car sa sincérité — que nul, du reste, ne mit jamais en doute — est évidente ; de l’écrivain beaucoup de mal car il s’est livré à de terribles attentats sur la langue française.