On le sait : Barrès n’a pas réussi à imposer son idéal aux Cléons de la démocratie. A la Chambre, comme jadis Lamartine, il siégeait « au plafond ». Mais, de quel regard, terriblement perspicace, il évaluait les intrigues de ses misérables collègues ! Son expérience nous a valu un chef-d’œuvre : Leurs figures qui, en un style égal à celui de Tacite, brûlant comme le fer rouge, cautérise ce chancre qui ronge la France : le parlementarisme.

Sa harangue terminée, nous le félicitons sans réserves. Moréas, effilant sa moustache aile-de-corbeau, répète : — C’est trrrès bien, je vous dis que c’est trrrès bien !…

Puis, rempoignant aussitôt sa marotte, il nous lance la première strophe de son poème et cette fois, il va jusqu’au bout. Nous applaudissons ainsi qu’il sied. Tout de suite, il veut le reprendre. Mais sat prata biberunt ! Nous nous levons tous trois et tandis qu’il nous dévisage d’un air offensé, nous alléguons des excuses péremptoires pour nous défiler :

Barrès : — J’ai un rendez-vous, auquel je ne puis manquer, de l’autre côté de l’eau.

Boylesve : — Il faut que j’aille corriger les épreuves d’un article qui paraît demain.

Moi : — L’heure de reprendre mon train approche…

Moréas, indigné qu’on préfère d’aussi futiles occupations à ses cadences, s’écrie : — Vous n’êtes pas sérieux !…

Et il tourne le dos.

Mais sa réprobation ne pouvait nous blesser car nous sentions fort bien que cet amour intransigeant de la Poésie avait sa beauté…

Jours enfuis !… Que nous restons peu de la génération qui fit ses débuts dans les lettres vers 1886 ! Moréas est au tombeau, Barrès, au tombeau, Boylesve, au tombeau. Et que d’autres ! Et moi, j’entends une voix, de plus en plus pressante, m’adresser l’injonction d’Hernani à Ruy Gomez :