Eh bien, si l’on examine l’histoire de l’Église avec le souci d’acquérir une opinion conforme à la réalité, l’on découvre trois ordres de faits qui prouvent que la promesse du Christ d’être avec elle jusqu’à la fin du monde a été tenue. D’abord, chaque fois que ceux qui la composent prévariquent en adoptant les mœurs des siècles, plus ou moins enclins au Démon, qu’elle traverse, il la châtie. Ensuite, il ne cesse de lui envoyer des Saints dont l’héroïsme dans l’exercice des vertus théologales lui rappelle que l’Évangile constitue sa loi immuable. Enfin, lorsque l’excès des maux produits par ses infidélités la ramène vers « la voie étroite », il lui octroie la grâce de maintenir la doctrine formulée, une fois pour toutes, au concile de Nicée et résumée dans le Credo. Cela, malgré les assauts de l’hérésie et malgré ses propres manques au Décalogue. Et voilà le miracle perpétuel qui démontre à quel point elle est d’institution divine.
Des origines aux jours piteux de ce XXe siècle lourdement matérialiste où nous poursuivons la tâche ardue de mériter la Béatitude éternelle, on trouve de multiples exemples de cette miséricorde du Rédempteur envers ses enfants. En citer quelques-uns n’est pas hors de propos.
Prenons le Moyen Age ; ce fut une splendide période qui vit lever une abondante moisson de Saints. Elle subit pourtant le Grand Schisme d’Occident où l’Église se divisa de telle sorte qu’humainement parlant, son unité semblait à jamais compromise. Alors se réunit le concile de Constance qui, sous l’inspiration du Paraclet, rétablit l’ordre troublé par les ambitions opiniâtres des candidats au Saint-Siège.
Durant le Moyen Age, prenons le XIIIe siècle. L’intégrité de la foi y fut souvent mise en péril par les disputes des théologiens. Mais Dieu suscita saint Thomas d’Aquin de qui la Somme cimente la philosophie catholique et l’arme, encore aujourd’hui, contre les esprits brouillons qui, trop confiants dans la pauvre raison humaine, tentent de réduire le rôle du Surnaturel dans l’Église sous prétexte de la moderniser.
Dans le même temps, la passion du lucre et la luxure pourrissaient un grand nombre d’âmes parmi le clergé comme parmi les laïques. Mais Dieu suscita saint François d’Assise qui, matant la chair voluptueuse, épousant « cette grande dame veuve depuis Jésus-Christ : Sainte Pauvreté » dressa un modèle d’ascétisme que beaucoup imitèrent pour le plus grand bien de l’Église.
Saint Thomas d’Aquin, « ange debout » dans le soleil de la science de Dieu ! Saint François d’Assise, ange debout dans le soleil de l’amour de Dieu ![6]…
[6] Je trouve, dans le beau livre du Père Lhande, Huit fresques de Saints (librairie de l’Art catholique), un commentaire remarquable de cette expression : « ange debout ». Au début du chapitre qu’il consacre à saint Thomas d’Aquin, le Père écrit : « Le Florentin sublime qui nous montre au premier chant de son Paradis, Béatrix « les yeux dans le soleil », a conçu pour glorifier son « buon frate Tommaso » une apothéose supérieure à celle dont il a nimbé l’image de l’Aimée. Dans son poème, en effet, l’Aquinate ne se borne pas à fixer l’astre éblouissant « comme jamais aigle ne le fixa », mais ce foyer « au delà duquel il n’est œil qui plonge », devient son domaine souverain et son trône de gloire. Le soleil, Thomas d’Aquin y réside, y siège et y enseigne. Cette conception, d’une hardiesse et d’une beauté inégalables, pour exalter l’Ange de l’École et le Messager inspiré du Saint-Sacrement, fut-elle suggérée à Dante par la vision où saint Jean évoque « un Ange debout dans le soleil » et conviant « d’une forte voix » à la grande Cène de Dieu tous les oiseaux qui volent en plein ciel ? On ne sait. Toujours est-il que les figures offrent une singulière analogie. Fidèles interprètes de la pensée de Dante, presque tous les artistes du moyen âge ont uni à l’image du Docteur angélique l’attribut symbolique du soleil. »
Plus tard, ce réveil du paganisme que des intellectuels aveuglés d’orgueil prirent pour une Renaissance pénétra, pour les contaminer, jusque dans les antichambres du Vatican. La punition fut prompte car la prétendue Réforme s’ensuivit. Mais à l’esprit de révolte dont elle favorisait les débordements, l’Église contrite opposa les décrets du concile de Trente qui rassirent le dogme ébranlé, qui rétablirent, sur un terrain solide, la discipline à la dérive…
Où l’on saisit de la façon la plus nette la persistance de la sollicitude divine envers l’Église c’est dans le fait que si énormes qu’aient été les égarements et même les crimes de certains Papes, aucun de ceux-ci ne toucha au dogme pour l’adultérer ou en fausser la signification traditionnelle. Jamais la barque de Pierre ne subit d’avaries doctrinales de la part des Pontifes — parfois indignes — qui avaient charge de la diriger. L’exemple le plus frappant de cette intégrité dans la foi nous est fourni par l’homme affreux, le pape simoniaque et purulent de sale luxure qui eut nom Alexandre VI, Borgia. Eh bien, comme l’a écrit, en toute exactitude, Joseph de Maistre « le bullaire de ce monstre est irréprochable ».
Enfin, le pouvoir temporel avec ses abus : le népotisme, l’ambition d’annexer de nouveaux territoires au patrimoine de l’Église avaient entraîné, maintes fois, le Saint Siège dans des aventures d’ordre politique d’où résultèrent de grands détriments pour le salut des âmes. Au XIXe siècle, Dieu supprima les causes de tentation. Il permit qu’un voleur couronné dérobât le domaine terrestre de l’Église. Il faut bénir ce bienheureux larcin car, libérant la Papauté d’une attache par trop humaine, il lui rendit son pur essor vers les hauteurs où il n’y a point de nuages pour intercepter les rayons du Saint-Esprit.